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La saga des frères Sarkozy

On parle beaucoup de conflits d’intérêts dans la vie politique ces derniers temps. Des amitiés de Nicolas Sarkozy avec le milieu de la finance et des médias, de l’affaire Woerth-Bettencourt aux récentes révélations du livre de Martin Hirsch, mais les journalistes « officiels » oublient aussi d’autres évidences. Alors que le déficit prévisionnel de la Sécurité Sociale a été annoncé cette semaine et qu’une diminution des remboursements est d’ores et déjà au programme, il est temps de se pencher sur le secteur de la santé, de comprendre son fonctionnement, et surtout d’en connaître les acteurs.

Nicolas SarkozyGuillaume SarkozyFrançois SarkozyOlivier Sarkozy

Le Pôle Emploi, né de la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC sur une idée de Nicolas Sarkozy, compte 50.000 employés. La Sécurité Sociale, comprenant l’Assurance Maladie, l’Assurance Vieillesse et les URSSAF compte 120.000 employés. Ces deux organismes ont été concernés par une réforme récente concernant les Complémentaires Santé. Ainsi, depuis le 1er janvier 2009, 170.000 employés ont été contraints de résilier leurs contrats avec leurs mutuelles pour adhérer à une « mutuelle employeur obligatoire ». Ceux qui ont des enfants ont également été obligés d’inscrire ces derniers sur le nouveau contrat (sauf s’ils étaient déjà ayant-droits sur le compte du conjoint via une mutuelle employeur obligatoire). On peut appeler ça du passage en force. C’est une conséquence de la loi Fillon de 2003.

Complaisance Familiale

Ce qui est encore plus étonnant, c’est de constater que c’est le même organisme qui a remporté les deux marchés. Je ne connais pas les modalités des appels d’offre mais je m’étonne de voir que c’est le groupe Malakoff-Médéric qui a raflé la mise, obtenant d’un coup, d’un seul, 170.000 adhérents supplémentaires, sans compter les ayant-droits. Ajoutez à cela les 800.000 salariés CHR (café-hôtellerie-restauration) qui rentreront dans le dispositif en janvier 2011… c’est encore Malakoff Médéric qui a emporté le marché. Revenons donc sur l’histoire de cette compagnie d’assurance et de prévoyance pour comprendre un peu mieux les enjeux.

Pour vous donner une idée du poids de Malakoff-Médéric sur le marché français, c’est le n°1 des groupes paritaires de protection sociale, n°2 de la retrait e complémentaire et n°3 en santé collective (classement Argus de l’Assurance). Le groupe est né de la fusion de Malakoff et Médéric (d’où son nom) le 30 juin 2008, soit 6 mois avant la mise en place du dispositif « mutuelle obligatoire employeur » pour la Sécurité Sociale et le Pôle Emploi. Ainsi, dès le 1er Juillet, le président de Médéric cède sa place pour laisser seul au commande du groupe, le président de Malakoff : un certain Guillaume Sarkozy. Ce dernier est loin d’être un inconnu : au Medef de 2000 à 2006, il a aussi été le vice-président de la CNAM de 2004 à 2005. Guillaume Sarkozy, comme son nom l’indique, est le frère de Nicolas.

Puisque j’évoque la fratrie Sarkozy, intéressons-nous maintenant au troisième larron : François Sarkozy. Pédiatre de formation, François a abandonné la pratique de la médecine pour se consacrer à l’industrie pharmaceutique (principalement orientée vers la gériatrie) depuis 2001. Ainsi, il siège au conseil de surveillance de Bio Alliance Pharma et est devenu le président d’AEC Partners dont une des missions est le conseil aux fonds d’investissement.

Par ailleurs, François Sarkozy a également lancé une chaîne de télévision spécialisée dans la santé sur internet… financée par le laboratoire Sanofi. Ajoutons à cela ses relations avec le groupe Paris Biotech  Santé, l’un des protagonistes de l’affaire de l’Arche de Zoé, et on l’aura compris, l’homme a tissé sa toile : il fait partie aujourd’hui des puissants lobbyistes de l’industrie pharmaceutique. D’ailleurs le grand plan Alzheimer lancé par le gouvernement est un joli cadeau de quelques centaines de millions d’euros, une aubaine pour le secteur dont il défend les intérêts. 

Et maintenant la cerise sur le gâteau, celui dont on ne parle jamais, le cerveau, l’éminence grise : Olivier Sarkozy (demi-frère de Nicolas Sarkozy), qui copilote depuis avril 2008 l’activité mondiale de services financiers de Carlyle Group (), probablement celui qui tire les ficelles. Le Groupe Carlyle est une société d’investissement américaine fondée en 1987. Basé à Washington D.C., il est présent dans de nombreux domaines d’activités, comme l’aéronautique, la défense, l’industrie automobile et des transports, l’énergie, les télécommunications et les médias. Ses investissements sont essentiellement situés en Amérique du Nord, en Europe et en Asie du Sud-Est. Le groupe possède 89,3 milliards de dollars de capitaux propres et il emploie plus de 515 professionnels de l’investissement dans 21 pays. Les différentes entreprises de son portefeuille emploient, quant à elles, plus de 286 000 personnes dans le monde et Carlyle a environ 1 100 investisseurs répartis dans 31 pays à travers le monde.

Pour rappel, le groupe Carlyle a ou a eu parmi ses membres actifs l’ancien Premier ministre britannique John Major, James Baker, ancien secrétaire d’État américain, George Bush père, ancien directeur de la CIA et ancien président des États-Unis, Frank Carlucci, ancien directeur de la CIA et secrétaire à la Défense américain, Karl Otto Pöhl, ex-président de la Bundesbank, la famille Ben-Laden et plusieurs chef d’État et de gouvernement.

Le groupe Carlyle n’est pas coté en Bourse, et n’est donc non tenu de communiquer à la Securities and Exchange Commission (la commission américaine chargée de veiller à la régularité des opérations boursières) le nom des associés, des actionnaires, pas plus que le nombre de leurs parts respectives.

4 freres

Le cerveau qui copilote l’activité mondiale des services financiers d’une multinationale tentaculaire, l’un en charge de l’exécutif de la France, notre Président, l’un à la tête d’un des plus gros groupe d’assurance santé et le dernier qui sert les intérêts des laboratoires. Si ça ne s’appelle pas un conflit d’intérêt, je me demande ce que c’est… Pourtant les médias en parlent peu et préfèrent s’étendre sur les amis milliardaires de Nicolas Sarkozy. On peut légitimement nourrir des inquiétudes sur l’avenir de notre pays. Les réformes engagées depuis 2004 ne font que confirmer sa détérioration et l’on peut prédire le démantèlement de toutes nos structures sociales et services publiques d’ici quelques années.  

 

mecanopolis

La Banque fait sauter l'État

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La retraite de l' Etat :

Alors que l'on fait des gorges chaudes des évènements de Seattle, que l'on met en avant les troubles que le sommet de Nice à engendré, que l'on parle plus de Porto Alegre que du réel contenu des débats à Davos, une cabale est en marche pour nous convaincre que l'État, en l'occurrence l'État français, est doté d’un nombre record de fonctionnaires (5,4 millions), soit un actif sur quatre, et que la dépense publique est exagérée (54% du PIB), cette dernière engendrant sous-productivité et parfois chômage. Tout en mettant en avant la lutte croissante contre la mondialisation et ses méfaits, les médias se font le porte-parole de ceux qui pensent que moins d'État est bon pour l'État. Mais la montée en puissance du monde associatif, encouragée par un État qui a tout à gagner de cette aide providentielle et bénévole, est symptomatique d'un désengagement déjà avancé des institutions dans la société. Et ce désengagement laisse le champ libre à des acteurs qui organisent les évènements à leur avantage, comme on peut clairement le voir avec le problème des retraites pour lequel on devra "privilégier la variable de la durée de cotisation pour l'accès à la retraite à taux plein", une rhétorique soporifique qui signifie ni plus ni moins, à terme, la fin de la retraite à 60 ans, mais dont la formulation a l'avantage de ne pas faire ressortir les 300 000 manifestants qui deux semaines plus tôt battaient le pavé pour les mêmes raisons.

Mais paradoxalement, ce sont ces futurs retraités que l'on a tendance a vouloir garder dans le monde des actifs au sein du privé que l'on veut évacuer le plus vite possible du côté du publique afin d'organiser en douceur une réforme "nécessaire". A croire qu'il est plus productif de payer des "vieux" cadres avec tous les émoluments dus à leur ancienneté que des jeunes hyperactifs, bouffi d'ambition et donc de volonté, pour les quels la menace du chômage tend à temporiser leurs éventuelles exigences salariales. A croire que l'on aura un meilleur SERVICE public si l'on se sépare d'une partie des effectifs qui assurent ce service. Qui n'a jamais fait la queue dans un service administratif ? Qu'adviendra-t-il si l'on dégraisse le soi-disant mammouth ? Tout cela traduit une stratégie du sauve qui peut qui en voulant régler des problèmes d'ordre financier urgent va en créer autant, d'une nature différente, dans les années qui suivront.

Les raisons de non-Etat :

Je suis las d'entendre les comparaisons que l'on peut faire entre la sphère du privée et celle du publique, comme le fait Roger Fauroux dans l'ouvrage "Notre État" : "(La fonction publique) n’a intégré aucune conquête des systèmes modernes, la déconcentration des responsables, le fonctionnement en réseaux, la transparence, l’émulation interne, la primauté donnée à l’innovation, la rapidité de la transmission des informations, la curiosité vis-à-vis de l’extérieur. Comment expliquer autrement que les entreprises, avec un personnel somme toute ordinaire mais une excellente gestion, parviennent à accomplir des performances extraordinaires, alors qu’il faut, pour que des administrations fonctionnent passablement, que des individualités exceptionnelles se dépensent sans compter à combattre l’inertie de systèmes mal agencés et l’apathie d’un personnel mal employé ?

C'est mettre de côté un peu rapidement tous les ratés des entreprises privées, de celle du canal de Panama où la banqueroute touchera prés de 800 000 souscripteurs, amenant le projet à être finalisé par des fonds publics (!) américains pour leur plus grand bénéfice, ou encore celle des 66 satellites Iridium dont le coût atteignait les 6 milliards de dollars et qui fut revendu 240 fois moins à une nouvelle société, pour être finalement utilisé, une fois de plus, par un organisme gouvernemental.

Je ne sais pas ce que Roger Fauroux entend par " déconcentration des responsables ", mais si il voit un progrès dans le fait que ce soit les actionnaires qui fassent la pluie et le beau temps sur la gestion d'une entreprise, je ne vois pas en quoi cela peut être exemplaire, si ce n'est dans le but de privilégier la richesse en oubliant les hommes qui la créent. Une entreprise bénéficiaire ne l'est jamais assez pour l'actionnaire, comme nous le montrent les malheureux employés de la branche biscuit de Danone. La plus-value potentielle des plans de stock-options dans les grandes entreprises françaises en 1999 a augmentée de 84,5 % en un an. Seulement 1 % des salariés bénéficient de ces avantages, la majorité ne bénéficiant qu'à un petit groupe de cadre dirigeant. C'est peut-être cela que R. Fauroux appelle "l'émulation interne". Il faut prévenir les étudiants qu'avant Bac + 5, point de salut, et les employés qu'ils n'ont qu'à suivre d'urgence les écoles de formation interne si ils veulent profiter du gâteau. Dans cette comptabilité là n'apparaissent pas les avantages matériels, comme la voiture de fonction, qui contrairement à ceux de la fonction publique, paraissent naturels. Les contrats à temps partiel en France, ou la flexibilité accrue en Angleterre, cachent les vrais chiffres du chômage dans la sphère privée et accroissent la paupérisation d'une majorité de la population qui ne peut formuler de projet d'avenir à cause de la précarisation de sa situation.

Quand à la " transparence ", le PDG de Daewoo, Kim Woo-choong n'en été apparemment pas un adepte assidu, puisque à l'heure ou j'écris ces lignes, il a déserté son pays où il est soupçonné d'avoir gonflé artificiellement de quelque 32,8 milliards de dollars les actifs du conglomérat.

"La primauté donnée à l'innovation" n'est pas une exception du privé, même si elle s'est ralentie ces dernières années. Mais ce ralentissement n'est pas du à un dysfonctionnement de la machine publique, mais à une volonté politique, de droite comme de gauche, du désengagement d'un État qui laisse jouer ce rôle aux entreprises privées. Il ne s'agit pas de générer du profit, à l'image du secteur privé, mais d'apporter un service. On ne peut pas parler en fonction de "coût" et de "productivité" d'une part parce que nous ne sommes pas dans une logique marchande mais dans une logique de service, et que les relations humaines dont découle ce service ne sont pas mesurables par des enquêtes des instituts de sondage, ni évaluables, de par les multiples facteurs qu'elles font intervenir, autant au niveau de l'employé que du client. Il serait fallacieux de se servir des réformes entreprises dans la sphère privée pour arriver à des buts qui sont par définitions différents pour la sphère collective. L'erreur serait d'autant plus grossière qu'elle aurait pour conséquence d'appliquer des méthodes de gestion qui sont loin d'être des modèles de perfection, comme le montre les nombreuses entreprises qui fermeraient si elles n'étaient pas rachetées par leur concurrent. Mais là est peut-être le but ultime de ce vers quoi l'on veut faire aller l'État...

Mondialisation des règles financières :

Malgré les soubresauts identitaires de certaines régions, il est clair que la mondialisation fait son oeuvre, obligeant les pays à se réunir sous des alliances économiques, alliances qui se transformeront à terme en des alliances politiques. Souvenez-vous du tollé que les Allemands ont soulevé lorsque ils ont parlé d'une "Europe fédérale" par l'intermédiaire de Joschka Fischer. Mais cette idée a fait son chemin puisque à l'occasion du sommet franco-britannique, qui s'est tenu le vendredi 9 février 2001 à Cahors, Jacques Chirac évoque l'Europe en parlant d'une "fédération d'États-nations". Cette dernière est une habile figure de style pour parler d'une "Europe fédérale" qui ne veut pas dire son nom.

L'Europe nous impose une certaine santé économique et elle s'immisce jusque dans la réglementation de la pêche à pied sur nos côtes ! Le problème que nous rencontrons actuellement avec la fonction publique française, comme avec celui des retraites, c'est avant tout une nécessité de mettre la France au diapason de ses partenaires. Thierry Bert, chef du service de l'Inspection des Finances, en est un exemple lorsqu'il déclare que "le rendement global des services fiscaux français - rapport entre le coût des services et le total des sommes encaissées - est 40% supérieur à ceux du Royaume-Uni, de l’Espagne ou de l’Irlande, les systèmes suédois ou nord-américain coûtant deux fois moins". Même le rapport de la Cour des Comptes s'appui sur l'"exemple" européen pour étayer son constat dans son rapport sur "La Fonction Publique De L'État" : "(...) la fonction publique de l’État apparaît comme un ensemble complexe et rigide qui n’évolue que lentement, alors même que plusieurs pays de l’Union européenne ont réalisé ou amorcé, ces dernières années, des réformes profondes dans le sens d’une souplesse et d’une décentralisation accrues." Lorsque l'uniformisation des réglementations et des systèmes de fonctionnements publiques aura été effectuée, il n'y aura plus d'obstacles à la mise en place d'un gouvernement européen.

Le vrai problème de l'Europe c'est que cette région n'est pas gouvernée et le seul pouvoir politique appartient à des institutions techniques comme la Banque centrale européenne ou la DGIV (ndlr: la direction qui s'occupe de la concurrence au sein de la commission).
Du coup, l'euro est la monnaie d'un espace économique et non pas d'une puissance politique. Le dollar n'aurait pas pris une telle importance s'il ne s'appuyait sur une politique étrangère et une politique de défense forte. Selon moi, il faut résolument se tourner vers la constitution d'un véritable État fédéral. L'euro prépare en quelque sorte le terrain.

Jean-Paul Fitoussi, président de l'observatoire des conjonctures économiques françaises, Le Temps, Samedi 27 janvier 2001

Mais l'Europe ne fait qu'imiter les États-Unis en renversant la vapeur pour présenter le bon côté de l'union. Comme par magie, le déficit public américain se trouve être transformé en excédant. Dominique Strauss-Kahn, présent à la dernière réunion des Bilderberg, n'hésita pas à calquer sa politique budgétaire sur celle inspirée par le couple Clinton-Greenspan. Il y a fort à parier que cette embellie n'est que passagère de par la nature même d'un système que nous allons décortiquer plus loin. Mais à titre de remarque, il serait judicieux de se poser une question que nous allons laisser en suspend : étant donné que les règles budgétaires, comme les règles économiques, se mondialisent, qui peut dire que ce qui commence par un gouvernement européen ne se terminera pas par un gouvernement mondial ? 

La politique dans un sale Etat :

 La FEDLes problèmes conjoncturels dont souffrent les régimes de retraite, la santé, l'éducation, ou l'organisation de l'administration servent à justifier une remise en cause de ces services, allant, comme aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande ou dernièrement au Japon, jusqu'à en " externaliser " certains, c'est-à-dire jusqu'à privatiser le service publique. On dit à qui veut l'entendre qu'un État qui date de Napoléon et du général de Gaulle est inadapté aux nécessités de l'époque. Mais je ne vois pas en quoi les fonctions principales de l'État ont changé. L'État se doit d'être une institution impersonnelle qui fixera les bornes, conduira une politique que les citoyens auront définis par l'intermédiaire de représentants élus, fédérera les hommes d'opinions différentes sous un même drapeau pour les faire avancer de concert vers une idée qui aura remportée l'adhésion générale. Avant d'étudier le problème financier, il est bon de noter que l'État souffre d'un manque de valeur, d'un manque d'idées et de volonté que l'on retrouve dans la platitude du débat politique. Ce dernier est orienté par les réactions de la bourse, les risques de délocalisation des entreprises, la fuite des cerveaux ou des investisseurs. Les déclarations d'Alan Greenspan, le président de la réserve fédérale américaine (FED), ont plus d'effet sur l'économie que celles de G.W. Bush.

La mondialisation de la politique sous cet aspect est quelque chose de compréhensible et de défendable, mais le fait que celle-ci intervienne après la mondialisation de l'économie me paraît plus être de l'ordre d'un mouvement subi qu'une réaction face à l'emprise croissante de la sphère financière sur notre vie quotidienne.

L'homme politique définit les idées par lesquelles il gouvernera l'État, alors qu'actuellement, le pouvoir économique applique ses théories, en l'occurrence, le libéralisme, et l'État, quelque soit sa couleur politique, se laisse porter par le courant. Le pouvoir politique en place, comme celui qui l'a précédé et celui qui lui succédera, se contente de prendre des mesures d'ajustement qui n'ont pour effet que de ralentir la décrépitude des avantages sociaux acquis de haute lutte par nos ancêtres, ce qui s'explique par le fait que ces avantages ont une fâcheuse tendance à augmenter les coûts de productivité.

On désigne l'État à la vindicte publique pour le réformer facilement. Les salariés du privé dénoncent les sois disant avantages des fonctionnaires, et trouvent plus juste de les supprimer que d'essayer de les atteindre par une lutte sociale dans leurs propres entreprises, comme l'ont fait leurs pères. On met à bas le dernier représentant d'un pacte social afin d'avoir toute l'amplitude nécessaire pour accentuer la libéralisation de la société. Le bonheur qui se devrait d'être le but vers lequel nous devrions tous tendre s'éloigne en partie à cause du rôle qui nous est donné dans la sphère privée. Ce rôle se limite à une instrumentalisation qui n'a pour seul objectif que la satisfaction de l'actionnaire. J'entends par le terme "actionnaire" le dirigeant dont les dividendes sont substantiels, et non pas l'actionnaire salarié en bas de l'échelle dont les quelques actions symboliques que l'entreprise lui a généreusement attribuées et dont les dividendes, une fois qu'il aura enfin le droit d'en bénéficier, ne couvriront même pas le montant de ses impôts...

Le vrai problème de la dette :

Dette/réserve/PIB en FranceMais le problème le plus important que rencontrent la plupart des États c'est la position de dépendance qu'ils ont par rapport à leur dette. En France, celle ci s'élevait à 5.200.000.000.000 Francs à fin 1999... Mais pire encore, ce sont les charges d'intérêt qui s'accumulent année après année, et qui représentent 80 % de la dette dans le cas français, et absorbent annuellement 15 % du budget, soit 240 milliards. Charles Collins, avocat, banquier et ancien candidat à la présidence américaine nous présente la situation des États-Unis face à leur banque centrale : "Actuellement, la FED a pris le plis de nous faire emprunter de l'argent avec intérêts pour payer des intérêts déjà accumulés. On ne peut donc pas sortir de la dette en nous y prenant comme on le fait maintenant. " 

Les valeurs du tableau ci-contre sont simplement indicatives. Elles ont tout de même le mérite de représenter une tendance de chiffres que vous pourrez retrouver de façon détaillé sur le site internet www.quid.fr. On constate aisément que malgré que les réserves de la France soient fluctuantes, elle restent comprises dans un zone moyenne, alors que la dette, ainsi que les charges de celle-ci, croissent se façon exponentielle. Il est aussi bon de souligner que le pourcentage de la dette sur le produit intérieur brut était en constante augmentation ces dernières années alors que le PIB n'a cessé d'augmenter. Il y a quelque chose d'illogique dans ce constat qui veut que plus on gagne, plus on doit !

Le fonctionnement des banques :

Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu'une armée debout... Thomas Jefferson, président des États-Unis de 1800 à 1808.

Pour bien comprendre le fonctionnement des banques et des prêts, il nous faut remonter à l'origine. Les premiers banquiers, qui étaient en fait orfèvres dans l'Angleterre du Moyen Âge, ou des changeurs sous l'Empire romain, avaient pour vocation de garder l'or des autres personnes en place sûre dans leurs coffres ou leurs chambres fortes. Les orfèvres fournissaient, pour preuve de l'or laissé chez eux, un reçu qui fut en fait le premier papier monnaie. Ce dernier prit le dessus parce qu'il était plus pratique et plus facile à transporter qu'un volumineux et lourd montant d'or et d'argent. Ces reçus furent, à la longue, établis au nom du porteur et non plus du dépositaire, ce qui rompit tout lien entre l'identité des dépositaires et l'or en stock.

Finalement les orfèvres se rendirent compte qu'un très petit pourcentage de dépositaires ou de porteurs venaient les voir ou leur demandaient à retirer leur or. Ils commencèrent alors à frauder. Ils se mirent alors à prêter secrètement une partie de l'or qui leur avait été confié pour dépôt en sûreté, et à garder l'intérêt de ces prêts. Puis ils découvrirent qu'ils pouvaient imprimer davantage d'argent (c'est-à-dire de certificats de dépôt) qu'ils n'avaient d'or. Par la suite ils réalisèrent qu'ils pouvaient prêter cet argent supplémentaire et en tirer de l'intérêt, c'est ce que l'on appelle le prêt fractionnaire de réserve. Cette expression hermétique signifie que les orfèvres, les changeurs et maintenant les banquiers suivent une méthode qui consiste à prêter plus d'argent qu'ils n'en ont réellement en réserve. La FED appliquent ces opérations bancaires de fraction de réserve de la façon suivante. Un bon d'achat de 10 000 dollars de la FED résulte en un dépôt de 10 000 $ sur le compte du porteur. Sous l'impératif de réserve de 10 % (donc fractionnaire), la banque n'a d'obligation que de garder en réserve 1 000 $ ; elle peut donc prêter les 9 000 $ restant. L'emprunteur dépose généralement ces 9 000 $ soit à la même banque, soit à une autre banque qui doit, alors, garder 10 % en réserve (donc 900 $) mais peut prêter les 8 100 $ qui restent, et qui, à leur tour, seront déposés à une banque qui devra garder 10 % (donc 810 $) et pourra prêter les 7 290 $, etc...

Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin. Henry Ford (1863-1947)

Au bout du compte, les 10 000 $ initiaux émis par la FED sont entrés, par une banque ou par une autre, dans le système bancaire et ils ont aboutis, par une vingtaine d'opérations successives, à un montant de 90 000 $ de nouveaux prêts, en plus des 10 000 $ pour les réserves. On doit noter d'une part que la fixation du niveau des réserves, c'est-à-dire le montant des liquidités disponibles, est le monopole des banques, et que d'autre part de nombreuses exceptions font que certains dépôts n'exigent aucune réserve, ce qui ne fait qu'augmenter le profit de la banque. Bien que seulement une poignée des plus grandes banques crée de l'argent pour prêt, toutes les banques en profitent directement ou indirectement, et encouragent donc le processus.

Mais nos orfèvres n'en sont pas restés là. Lorsqu'ils favorisaient l'emprunt, la monnaie en circulation augmentait. L'argent ne manquait pas, et les gens faisaient davantage d'emprunts pour donner de l'expansion à leurs affaires. Alors les orfèvres limitaient la mise à disposition de l'argent, rendant les prêts plus difficiles à obtenir. Un certain nombre de personnes ne pouvaient alors plus rembourser leurs prêts antérieurs, ni même obtenir de nouveaux prêts pour payer les anciens. Ils déclaraient donc faillites et devaient revendre leurs avoirs aux orfèvres, ou aux enchères pour une somme dérisoire. Nous suivons les mêmes règles de nos jours. Thomas Jefferson déclarait : " Si jamais les américains autorisaient les banques privées à contrôler l'émission de leur argent, les banques et les sociétés qui poussent autour d'elles priveraient les gens de tout bien, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, et leurs enfants se retrouveraient sans toit sur le continent que leurs pères ont conquis. "

Sigle de la FEDEt le fait est que la FED est une banque qui est la propriété de banques nationales privées qui en sont les actionnaires, et, pour le bénéfice privé desquelles elles opèrent. L'économiste Henry Pasquet souligne : " La FED est une société privée à but lucratif, qui n'a pas de réserves - ou du moins, qui n'a pas de réserves pour étayer les billets de banque de la réserve fédérale qui sont notre monnaie courante. " Cette angoisse des banques qui ne détiennent en réalité qu'une petite fraction des réserves pour honorer leurs obligations est la cause majeure de l'instabilité inhérente au système bancaire, au marché financier et à l'économie nationale.

Les prêts fractionnaires de réserve institués par l'oligarchie bancaire permettent à ces dernières de gagner de l'argent en le tirant non pas des biens ou des services des hommes, mais en le créant. Et de cet argent créé à partir de prêts, viennent s'ajouter des intérêts dont l'emprunteur doit aussi s'acquitter. L'emprunteur se doit donc de rembourser non seulement de l'argent qui n'existe pas, mais aussi les intérêts sur cet argent virtuel. 

La banque nationale prend ses ordres a l'international :

Il n'est alors pas étonnant de constater qu' aux États-Unis, comme en France ces 30 dernières années, la dette ait augmenté de façon exponentielle. La Banque de France, notre banque centrale, a été créée le 18 janvier 1800 par le Premier Consul Napoléon Bonaparte et était organisée sous la forme d'une société par actions. Mais en 1806 Napoléon provoqua une réforme destinée à redonner au gouvernement une plus grande autorité sur la direction de l'établissement, afin que la France puisse se libérer de la dette qu'elle avait déjà contractée auprès de la banque.

Napoléon déclarait que quand un gouvernement dépend de banquiers pour son argent ce sont les banquiers qui ont le contrôle, et non les chefs du gouvernement : " La main qui donne est au-dessus de la main qui prend. L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont ni patriotisme ni décence, et le gain est leur seul objectif. "

Mais, depuis cette époque, les statuts ont changé et l'indépendance est de rigueur. La Banque de France est sensée assurer " la continuité et la permanence de l'action de la politique monétaire, dégagée des préoccupations de court terme, et de conforter ainsi sa crédibilité. " Soit, mais lorsque l'on y regarde de plus prés, on s'aperçoit que la Banque de France est intégrée au Système européen de banques centrales (SEBC) institué par le traité de Maastricht. Et ce système est sous le joug d'un conglomérat de banques nationales, qui agissent en fait en totale autonomie comme une institution privée. Ce qui au départ se trouvait être une banque nationale indépendante se trouve être dirigé par un ensemble de banques dont les intérêts ne coïncident certainement pas avec ceux des états qui les abritent. J'en veux pour preuve l'attitude de la Banque Centrale Européenne (BCE) en ce début d'année 2001, qui maintient le statu quo sur son taux directeur malgré les pressions internationales.

Le gouvernement populiste :

Les dernières actions marquantes du gouvernement qui ont eu un réel effet sur notre vie quotidienne sont, hormis la suppression partielle de la vignette automobile, le passage du temps de travail à 35 heures, la CMU (Couverture Maladie Universelle), les emplois-jeunes et l'aide aux personnes âgées dépendantes qui devrait être adopté incessamment. Présenté comme un progrès indéniable par les instigateurs, accepté avec frilosité par les organisations syndicales mais soutenu par l'opinion publique comme une évolution naturelle vers une société meilleure à l'image de ce que nous promettaient les muses du néolibéralisme, cet ensemble de choix politique a aussi comme point commun un financement insuffisant. En ce qui concerne le financement de 35 heures, le déficit cumulé pour 2000 et 2001 serait compris entre 27 à 32 milliards de francs. Il est à souligner que ces chiffres ne sont pas démentis par le ministère concerné. Le Forec (fonds d'allègement des charges spécialement créé pour financer les 35 heures) est alimenté par tout un tas de sources, depuis les recettes fiscales du tabac et de l'alcool, qui devait servir à alimenter le Fonds de réserve des retraites, en passant par une contribution sociale sur les bénéfices des entreprises les plus riches (CSB), une taxe sur les véhicules des sociétés, une partie de la taxe spéciale sur les conventions d'assurances et par la taxe sur les activités polluantes (TGAP). Mais la liste non exhaustive de ces impôts divers et variés ne suffisant pas à boucher le trou, Bercy a eu l'ingénieuse idée de recourir à un moyen que dénonce le président du MEDEF, appelant cela un emprunt. Il s'agirait en fait pour le gouvernement de donner à l'ACOSS (Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale) la capacité de s'endetter à auteur du déficit engendré par la mise en oeuvre des 35 heures, ce qui aurait permis de faire porter le chapeau du "trou" à la sécurité sociale, et non pas à la réduction du temps de travail. Ernest-Antoine Seillière ainsi que, une fois n'est pas coutume, tous les syndicats s'opposent vigoureusement à une mesure qui recourt indirectement au marché financier et finalement, à la masse des cotisants.

Le fait de prendre des mesures à court terme dans une optique électorale n'a rien de glorieux. Mais les hauts responsables patronaux ont beau jeu de crier au loup devant ces tours de passe-passe fiscaux. Ils ne proposent rien pour contrecarrer les effets sociaux néfastes d'un libéralisme effréné qu'ils soutiennent.

Le politique voit sa marge de manœuvre se rétrécir de jour en jour, contrairement à celle des magnats de la finance et des grands patrons des multinationales. Il agit donc sur les seuls leviers qui restent à sa disposition afin de sauver la face devant une population de plus en plus éloignée des vrais centres de décision. Mais cette action au coup par coup, ce tâtonnement dont la motivation n'est que l'échéance électorale finira par dévoiler sa vraie nature, celle de l'impuissance d'une volonté politique, quelle qu'elle soit, dans un monde ou l'action est devenu financière, où la santé économique d'un pays dépend du taux de sa monnaie, où les dirigeants sont devenus des gérants de filiales et les fédérations politiques d'Etats nations que l'on nous promet, comme en Europe, ne seront en fait qu'une fusion commerciale comme le prouvent les faits. Nous nous trouvons face à une vive opposition. D'un côté nous avons un pouvoir politique qui se réduit comme peau de chagrin et que les citoyens élisent toujours, en général, de façon démocratique, et de l'autre nous avons un pouvoir financier et économique, fait de quelques grandes banques et multinationales, dont les principaux dirigeants se réunissent lors de meetings dont personne ne parle, comme ceux des Bilderberg ou de la Trilatérale. Ces derniers sont la plupart du temps des actionnaires interdépendants et ces sont eux qui, par l'intermédiaire de lobby noyautant des organisations comme l'OMC ou le FMI, détiennent indirectement les rênes de la politique de nations soit disant indépendantes.

Mais les groupes de pression sont aussi présent au niveau national, comme le montre les déconvenues auxquelles à du faire face le rapporteur socialiste, Jean Pierre Baligand. Ce dernier s'était engagé à contraindre les spécialistes qui vont gérer l'épargne salariale à rendre compte de leurs pratiques en matière sociale, environnementale et éthique. Malgré que d'autres pays européens aient adopté cette contrainte, les lobby financiers et le mutisme complice du cabinet de Laurent Fabius ont suffit à l'évincer de notre arsenal législatif. Mais lorsque l'heure des comptes sonnera, il y aura toujours des responsables qui se targueront de ne pas être coupables...

L'impression que nous avons face à la succession d'hommes politiques de partis opposés dont l'action se ressemble, face à l'évolution de la courbe du chômage qui semble plus se calquer à celle de la valeur de change de l'Euro et à la croissance plutôt qu'a une quelconque action politique intérieure, face aux déballage d'affaires qui rythment plus les débats politiques que les vraies questions de fond devant lesquels ces hommes sont impuissants de par leur manque de courage et d'union, et ce à cause d'intérêts partisans et carriéristes, cette impression générale ne fait que confirmer la décrépitude d'un système qui, s'il ne réagit pas, court à sa perte.

La troisième guerre mondiale :

Pour le sous-commandant Marcos de l'armée zapatiste de libération nationale (EZLN) à Chiapas, au Mexique, la troisième guerre mondiale a commencé. Pour être précis, ce serait plutôt la quatrième, puisque la troisième correspond pour lui à la guerre froide.

Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de conquête de territoires.
(...)
... les marchés financiers, depuis les salles de change et selon leur bon plaisir, imposent leurs lois et leurs préceptes à la planète. La " mondialisation " n'est rien de plus que l'extension totalitaire de leurs logiques à tous les aspects de la vie. Le fils (le néolibéralisme) détruit le père (le capital national) et, au passage, détruit les mensonges de l'idéologie capitaliste : dans le nouvel ordre mondial, il n'y a ni démocratie, ni égalité, ni fraternité.
(...)
Si les bombes nucléaires avaient un caractère dissuasif, comminatoire et coercitif lors de la troisième guerre mondiale, les hyperbombes financières, au cours de la quatrième, sont d'une autre nature. Elles servent à attaquer les territoires (Etats-nations) en détruisant les bases matérielles de leur souveraineté et en produisant leur dépeuplement qualitatif, l'exclusion de tous les inaptes à la nouvelle économie (par exemple, les indigènes). Mais, simultanément, les centres financiers opèrent une reconstruction des Etats-nations et les réorganisent selon la nouvelle logique : l'économique l'emporte sur le social.
(...)
Dans cette nouvelle guerre, la politique, en tant que moteur de l'Etat-nation, n'existe plus. Elle sert seulement à gérer l'économie, et les hommes politiques ne sont plus que des gestionnaires d'entreprise. Les nouveaux maîtres du monde n'ont pas besoin de gouverner directement. Les gouvernements nationaux se chargent d'administrer les affaires pour leur compte.
(...)
... dans le gigantesque hypermarché planétaire ne circulent librement que les marchandises, pas les personnes.
Le sous-commandant Marcos

D'autres personnes voient dans la situation économique américaine actuelle une saturation de la consommation qui sera à l'origine du prochain conflit mondial.

Les cabrioles de Bill Clinton et sa grâce envers Marc Rich (un richissime homme d'affaires qui s'est réfugié en Suisse en 1983 pour échapper à des poursuites liées à une évasion fiscale de quelque 48 millions de dollars) ont distrait les américains.

Mais si le scandale entourant l'amnistie de Rich fait l'objet d'une enquête en profondeur, on lui trouvera des liens avec George Bush senior et bien d'autres affaires. Un million et demi de dollars versé par l’ex-épouse de l’homme d’affaires à différentes causes démocrates et clintoniennes aurait servi à acheter la grâce accordée par l’ancien président américain. La Société Financière Internationale - le département de la Banque Mondiale chargé des prêts au secteur privé dans les pays en développement - a rendu publique un rapport qui fait état des relations entre Marc Rich et les frères Tchernoi, deux magnats de l’aluminium en Russie. La société des frères Tchernoi - Trans World Metals Companies - fait l’objet d’enquêtes judiciaires en Allemagne et en Suisse, ainsi que d’un procès au civil aux Etats-Unis, dans des affaires de blanchiment d’argent sale, de corruption et d’extorsion de fonds. Dans un livre publié en 1992, Paul Klebnikov, qui collabore aussi au magazine Forbes, estime que Marc Rich a probablement versé des pots-de-vin à des amis influents et des bureaucrates en Russie pour effectuer des transactions juteuses non seulement sur l’aluminium, mais aussi sur les céréales, le sucre et l’équipement industriel.

Le plus surprenant c'est que des personnages évoluant dans des univers totalement différents comme l'ancien premier ministre israélien, Ehud Barak, mais aussi le roi d'Espagne Juan Carlos sont intervenus en faveur de Marc Rich. Cela laisse présager certaines accointances qui relient la politique, l'économie et la mafia. L'argent sale est un des fléaux que nous a amené la mondialisation, par le biais du la criminalité internationale. Cet argent passe dans les mêmes banques ou les mêmes paradis fiscaux qui hébergent les capitaux des multinationales. Des établissements comme la Bank of America, JP Morgan et Chase Manhattan participaient au blanchiment d'argent sale en toute connaissance de cause comme le montre un rapport du sénateur démocrate américain Carl Levin. Quand l'administration Clinton a tenté de renforcer les contrôles, les banquiers, relayés par les républicains aujourd'hui au pouvoir, ont fait échouer le projet.

Mais il ne faut pas en vouloir à Marc Rich qui n'est qu'une des victimes d'un système, car selon un rapport des Etats Unis : " le développement des syndicats du crime a été facilité par les programmes d'ajustement structurel que les pays endettés ont été conraints d'accepter pour avoir accès aux prêts du Fonds monétaire international. " Le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) - nom originel de ce qui est devenu le groupe de la Banque mondiale - sont placés sous la tutelle étroite du département américain du Trésor. Les décisions importantes sont validées par un vote un peu particulier. 182 Etats composent le FMI et la Banque Mondiale mais seulement 8 Etats ont le droit de prendre part au vote. Ces pays sont, dans l'ordre de leurs droits de vote, les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine, et l'Arabie saoudite. Washington ne possède que 17,87 % de voix, ce qui est proportionnel à sa cotisation, mais les décisions doivent être entérinées par une majorité de 85 % ! Les Etats-Unis possèdent donc une majorité de blocage, à l'image de l'Europe qui détient 22,6 % des voix, mais qui n'a jamais eu l'idée de s'en servir pour imposer, par exemple, sa politique sociale.

En fait, la boucle est bouclée. Les Etats-Unis mènent le monde à la corruption et au chaos par l'intermédiaire d'institutions qu'ils dirigent, avec la complicité d'Etats sans volonté politique, qui n'ont plus aucun projet. Ces nations font confiance à un marché dirigé par des milieux financiers qui n'ont reçu aucune investiture démocratique ou légitimité électorale. La boucle est d'autant plus bouclée que l'on retrouve dans l'entourage de George W. Bush la vieille garde de son père qui fréquente des organisations déjà citées comme les Bilderberg (BB), la commission Trilatérale (TC), et le Conseil des Relations Etrangère (Council Foreign Relation-CFR) :

Dick Cheney- Dick Cheney, le vice-président, a servi sous l'administration de Bush père comme secrétaire à la Défense et dirigé les opérations américaines au Panama en 1989 et pendant la guerre du Golfe en 1991, est membre du CFR et de la TC.

Paul H. O'Neill- Paul H. O'Neill, le secrétaire au Trésor, PDG d'Alcoa (1987 à 2001), le numéro un mondial de l'aluminium, de la TC (C'est certainement le hasard qui veut que le domaine d'activité de son ancienne société soit le même que celui de la Trans World Metals Companies, la société basée à Londres des deux magnats russes de l'aluminium, Lev et Mikhaïl Tchernoï,  suspectés de liens avec la mafia, avec lesquels Marc Rich est suspecté d'avoir entretenu des relations).

Colin Powell- Colin Powell, le secrétaire d'Etat, ancien chef d'état-major de l'armée américaine, personnalité extrêmement populaire de l'ancienne équipe Bush père, il a dirigé les opérations militaires pendant la guerre du Golfe après avoir travaillé à la Maison Blanche comme conseiller pour les affaires de sécurité, est membre du CFR et a participé à la réunion des BB en 1997.

Christine Todd Whitman- Christine Todd Whitman, à l'environnement, est membre du CFR et a participé à la réunion des BB en 1998.

Condoleezza Rice- Condoleezza Rice, chargé de conseiller le président des Etats-Unis sur la politique étrangère et la sécurité nationale, faisait partie de l'équipe de Bush père, lorsqu'elle travaillait au sein du Conseil national pour la sécurité (NSC), est membre du CFR.

Donald Henry Rumsfeld- Donald Henry Rumsfeld, à la défense, ancien président d'une compagnie pharmaceutique, était présent aux réunions des BB en 1974 et 1975.

Paul Wolfowitz- Paul Wolfowitz, adjoint du secrétaire à la défense, a servi George Bush père entre 1990 et 1991 comme adjoint au chef de cabinet du président, son pouvoir dépend surtout de son autorité dans les milieux financiers. Il a tissé ses réseaux au Trésor, entre 1986 et 1989, puis aux Affaires étrangères comme Undersecretary of State for Economic and Agricultural Affairs de 1991 à 1992 (les milieux bancaires le disent proche de la famille Rothschild...).

Mais les liens qui pourraient naître d'une étude plus approfondie de l'affaire Marc Rich pourraient éclabousser le fils Bush par l'intermédiaire du père. Il est donc temps pour les républicains de détourner l'attention des médias et du publique de cette affaire, et de créer des conditions économiques favorables afin qu'ils ne perdent pas le Congrès en 2002. Et qu'y a-t'il de mieux qu'une guerre, une vraie guerre dont on sort vainqueur, pour mobiliser l'opinion et les conférences de rédactions, pour asseoir un pouvoir acquit difficilement, et pour donner un coup de fouet à une économie hésitante ? Déjà les Etats-Unis ont décidé d'expulser une cinquantaine de diplomates russes pour des raisons d'espionnage. Washington accuse Moscou d'être "un proliférateur actif" de produits nucléaires alors que les russes accusent les américains de relancer l'esprit de la guerre froide.

Les Etats-Unis comptent bien mettre en œuvre le projet de bouclier anti-missiles (NMD, National Missile Defense), malgré les objections de nombreux pays, la Russie, la Chine et l'Europe.

Lorsque Bush s'exprime au sujet du Proche-Orient, c'est pour dire que les Etats-Unis " ne tenteraient pas d'imposer la paix "... est-ce une façon codée, que seul les initiés peuvent comprendre (rappelez-vous du début du Livre Jaune N°6), de dire qu'ils veulent la guerre ?
Ce changement de ton de la diplomatie américaine que soulignent tous les observateurs coïncide avec un certain malaise de l'économie. Après tout ce que vous venez de lire, vous penser toujours que ces nouvelles orientations, dont les répercussions se font ressentir à l'échelle politique et économique mondiale, sont simplement le résultat d'un changement de majorité ?

Si vous ne luttez pas maintenant pour ce qui est doit et facilement gagnable sans que le sang soit versé, si vous ne luttez pas, alors que votre victoire est certaine et non coûteuse; peut alors venir ce temps où tous les éléments de la lutte seront contre vous, avec peu de chances de survie. Il se peut que vous ayez à lutter sans espoir, sachant qu'il vaut mieux périr que de vivre dans l'esclavage.
Winston Churchil

 

conspiration org

 

Tueur économique Repenti

Amy GoodmanJohn Perkins, tueur économique repenti

John Perkins est un ancien « tueur économique » qui a mis pendant dix ans son talent de persuasion et ses compétences  d’économiste au service du  premier empire mondial. Sa mission: ruiner des pays du tiers-monde pour asseoir les intérêts de grosses entreprises américaines. Aujourd’hui repenti, l’auteur des Confessions d’un assassin financier fait campagne pour convaincre les sociétés de se responsabiliser aux niveaux économique, social et environnemental.

La journaliste Amy Goodman l’a interviewé le 5 juin 2007 pour le média alternatif américain Democracy Now!, à l’occasion de la sortie de son second livre L’histoire secrète de l’empire américain..., qui n’est pas encore édité en France voici son tête a tête:

Avant toute chose, pour ceux qui l’ignorent encore, pouvez-vous rappeler ce qu’est un « tueur économique »?

Je dirais simplement que depuis la Seconde Guerre mondiale, nous, les tueurs économiques, avons réussi à créer le premier empire véritablement mondial. Cela s’est fait sans l’armée, contrairement aux autres empires à travers l’histoire, mais par une utilisation très subtile de l’économie. Nous avons de nombreuses façons de travailler, la plus courante étant celle où nous choisissons un pays du tiers-monde dont les ressources sont convoitées par nos sociétés, comme le pétrole, par exemple. Nous convenons ensuite d’un prêt ruineux, prêt accordé par la Banque mondiale ou l’une de ses organisations soeurs. Mais le pays ne voit jamais la couleur de l’argent. Au contraire, il est versé aux sociétés américaines qui construisent de grands projets d’infrastructure, comme des réseaux électriques, des parcs industriels, des ports ou des routes. Seules quelques personnes très riches en profitent, ces choses restant inaccessibles aux pauvres. Ils ne sont pas raccordés aux réseaux électriques. Ils n’ont pas les compétences pour obtenir des emplois dans les parcs industriels. Mais tout le pays supporte cette dette colossale impossible à rembourser. C’est à ce moment-là que nous, tueurs économiques, nous nous rendons sur place pour dire: « Vous savez que vous nous devez beaucoup d’argent. Vous ne pouvez pas rembourser votre dette alors vous devez vous saigner aux quatre veines ».

Racontez-nous votre histoire. Comment êtes-vous devenu un tueur économique?

À ma sortie de l’école de commerce de l’Université de Boston, j’ai été recruté par la National Security Agency (NSA), le plus grand, et peut-être le plus secret organisme d’espionnage du pays.

Les gens pensent parfois que cela correspond à la CIA, mais la NSA est bien plus grande…

Oui, beaucoup plus grande. Elle l’était du moins à cette époque. Et elle est vraiment impénétrable. Beaucoup de rumeurs circulent à son sujet. On en sait pas mal sur la CIA, mais pas sur la NSA. Elle affirme travailler dans la cryptographie, c’est-à-dire le codage et le décodage de messages, mais en réalité, on sait qu’elle se livre aux écoutes téléphoniques. Ce fait a été divulgué récemment. Pendant ma dernière année d’université, j’ai passé une série de tests très poussés, comme le détecteur de mensonge ou des tests psychologiques. C’est alors que j’ai été sélectionné comme un bon tueur économique potentiel. Ils ont aussi repéré dans ma personnalité un certain nombre de faiblesses susceptibles de faciliter mon embrigadement, faiblesses qui sont aussi les trois grandes drogues de notre culture: l’argent, le pouvoir et le sexe. Qui, parmi nous, n’en a pas au moins une? À l’époque,j’avais les trois.
Ensuite, j’ai rejoint le Corps des volontaires de la paix, encouragé par la National Security Agency. J’ai passé trois ans en Équateur aux côtés des indigènes d’Amazonie et des Andes, des gens qui, à l’époque, commençaient et continuent aujourd’hui à se battre contre les compagnies pétrolières. En fait, ce sont eux qui viennent d’intenter le plus grand procès de l’histoire sur une question environnementale contre Texaco (Chevron). C’était un excellent entraînement pour ce que j’allais être amené à faire.
Ensuite, alors que je faisais toujours partie du Corps des volontaires de la paix, une compagnie privée américaine appelée Charles T. Main, société de conseils de Boston d’environ deux mille employés, m’a recruté. J’ai commencé comme tueur économique et je me suis finalement hissé au sommet de cette organisation en tant qu’économiste en chef.

Quel est le rapport avec la NSA? Y avait-il un lien?

Ce qui est très intéressant avec ce système, c’est qu’il n’y a aucun lien direct. La NSA m’avait fait passer un entretien et m’avait sélectionné avant de me confier à cette société privée. C’est un système très discret et très intelligent qui utilise l’industrie privée pour faire le travail. Ainsi, si l’on est pris en flagrant délit de versement de pots-de-vin ou de corruption des représentants locaux dans un pays donné, on peut alors rejeter la responsabilité sur cette industrie et non sur le gouvernement américain.
C’est intéressant de constater que dans les quelques cas où les hommes de main échouent, ceux qu’on appelle les « chacals », les personnes qui ont pour mission de renverser les gouvernements ou d’assassiner leurs dirigeants viennent aussi de l’industrie privée. Ce ne sont pas des employés de la CIA. Nous avons tous cette image de l’agent 007, engagé par le gouvernement pour tuer, avec un permis de tuer… Mais, à l’heure actuelle, d’après mon expérience, ce n’est pas le rôle des agents du gouvernement. On fait plutôt appel à des consultants privés pour assurer cette tâche. J’en connais un certain nombre personnellement.

Dans votre second livre (encore indisponible en français), vous parlez d’une prise de pouvoir mondial à tous les niveaux. Justement, nous voyons ces protestations massives en Allemagne avant le sommet du G8. Parlez-nous de leur importance.

Je pense que c’est très révélateur. Quelque chose est en train de se produire dans le monde aujourd’hui, quelque chose de très important. Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que nous vivons dans un monde très dangereux. C’est aussi un tout petit monde où l’on peut savoir immédiatement ce qui se passe en Allemagne, au milieu de l’Amazonie ou ailleurs.

Expliquez-nous ce qu’est le Groupe des huit.

Ce sont les pays les plus riches du monde. Ils dirigent le monde. Les États-Unis en sont le leader et ce sont en réalité des grandes sociétés qui dirigent tout cela. Ce ne sont pas les gouvernements parce qu’après tout, ils servent la volonté des sociétés. Ici, on sait que les deux prochains candidats à la présidence, républicain ou démocrate, devront chacun recueillir environ un demi milliard de dollars. Et cet argent ne viendra ni de vous ni de moi. Il viendra essentiellement des dirigeants de nos grandes sociétés. Ils leur sont totalement redevables. Alors, le G8, c’est ce groupe de personnes qui représentent les plus grandes multinationales au monde et qui obéit à leurs ordres. Nous assistons actuellement en Europe comme en Amérique Latine et au Moyen-Orient à un gigantesque phénomène sous-jacent de résistance, de protestation contre cet empire. Et c’est un empire tellement ingénieux que les gens n’en ont pas conscience parce qu’il n’a pas fait appel à l’armée. Il a été bâti par les tueurs économiques et la plupart d’entre nous l’ignorons. Une grande majorité d’Américains n’a pas la moindre idée des styles de vie incroyables que nous menons tous parce que nous faisons partie d’un empire très cruel qui asservit et abuse littéralement des peuples. Mais la population commence à comprendre ce qui se passe…

Le procès historique contre Texaco

À propos d’Amérique Latine, revenons à ce procès Chevron-Texaco.

Il est lourd de conséquences. Quand j’ai été envoyé en Équateur comme membre du Corps des volontaires de la paix en 1968, Texaco venait juste d’arriver dans le pays. À l’époque, l’entreprise, les hommes politiques et la Banque mondiale avaient promis au peuple que « le pétrole sortirait le pays de la pauvreté ». Les gens y ont cru; moi aussi. C’est l’inverse qui s’est produit. Le pétrole l’a encore plus appauvri pendant que Texaco faisait fortune. Il a aussi détruit de vastes zones de la forêt amazonienne.
Le procès intenté aujourd’hui par un avocat newyorkais, Steve Donziger, et quelques avocats équatoriens porte sur six milliards de dollars (quatre milliards et demi d’euros). Il s’agit de la plus grande action en justice sur une question environnementale de toute l’histoire, effectuée au nom de trente mille équatoriens contre Texaco (maintenant propriété de Chevron) et qui est accusé d’avoir déversé soixante-dix milliards de litres de déchets toxiques dans la forêt équatorienne ! C’est trente fois plus que l’Exxon Valdez ! Des dizaines et des dizaines de personnes sont déjà mortes ou meurent actuellement de cancers et d’autres maladies liées à la pollution dans cette région de l’Amazonie. Ainsi, tout ce pétrole est sorti de cette zone et ce territoire est le plus pauvre de l’un des pays les plus pauvres de l’hémisphère. C’est incroyable ! Mais ce qui est très significatif à mes yeux, c’est que le cabinet d’avocats ait accepté la responsabilité du procès, mais pas bénévolement. Ils pensent que s’ils gagnent, ce dont ils ne doutent pas, cela sera très lucratif. C’est une décision philosophique. Ce n’est pas qu’ils veuillent s’enrichir: ils encouragent d’autres cabinets d’avocats à faire de même au Nigeria, en Indonésie, en Bolivie, au Venezuela et dans d’autres pays, et souhaitent que se développe une industrie d’avocats qui se mettent ainsi au service des pauvres tout en sachant qu’ils toucheront de l’argent de grosses entreprises jugées irresponsables.
J’étais en Équateur avec Steve Donziger il y a à peine deux semaines et il me disait: « J’ai vu beaucoup d’entreprises faire des erreurs et ensuite essayer de se défendre devant un tribunal. Mais dans ce cas, Texaco n’a pas fait d’erreur. Ils ont agi délibérément. Ils savaient ce qu’ils faisaient. Pour économiser quelques dollars, ils ont tué beaucoup de gens ». Maintenant, ils vont devoir payer, prendre leurs responsabilités et, avec un peu de chance, ouvrir la porte à un mouvement où les sociétés devront assumer la responsabilité des destructions commises.

Abordons le sujet de l’Amérique Latine et de ses dirigeants, comme Jaime Roldós. Parleznous un peu de lui et de son importance. Vous le citez dans votre premier ouvrage Confessions d’un tueur économique.

Oui, c’était un homme incroyable. Après de nombreuses années de dictature militaire en Équateur, avec les dictateurs-marionnettes des États-Unis, il y a eu une élection démocratique. Le programme d’un homme, Jaime Roldós, préconisait que les ressources du pays, et en particulier le pétrole qui à l’époque venait d’entrer en jeu, soient utilisées pour aider les Équatoriens. C’était à la fin des années 70. J’ai été envoyé en Équateur et au Panama en même temps pour travailler avec Omar Torrijos [général panaméen]. Mon rôle était d’amener ces hommes à se ranger à notre avis, de les corrompre... Jaime Roldós a remporté une victoire écrasante, puis il a commencé à mettre à exécution sa politique, ses promesses ; il allait même taxer les compagnies pétrolières ! Si elles n’étaient pas disposées à reverser une plus grande partie de leurs profits aux Équatoriens, il menaçait de les nationaliser. On m’a donc envoyé là-bas, avec d’autres hommes de main. Je n’ai joué qu’un rôle assez mineur dans ce cas précis. Par contre, au Panama, avec Torrijos, c’était plus important. Notre mission dans ces pays était d’obliger ces hommes à changer leur politique, à contredire leurs promesses de campagne.Au fond, notre rôle, c’est de leur dire: « Si vous jouez notre jeu, je ferai de vous et de votre famille des personnes très riches. Je vous le garantis. Si, par contre, vous refusez, si vous tenez vos promesses, vous pouvez très bien finir comme Allende au Chili, Arbenz au Guatemala ou Lumumba au Congo. »
Je peux faire la liste de tous les présidents que nous avons soit renversés soit assassinés parce qu’ils ne jouaient pas le jeu. Et Jaime Roldós a refusé de changer d’avis. Il est resté incorruptible, comme Omar Torrijos. Pour un tueur économique comme moi, c’était très inquiétant, car je savais que si j’échouais, ce serait un désastre: les chacals entreraient en scène et soit ils renverseraient ces hommes, soit ils les assassineraient. Et dans les deux cas, ils ont été assassinés. Je n’en doute pas un instant. Ils sont morts dans des accidents d’avion à deux mois d’intervalle en 1981, dans leur propre avion de tourisme.

Torrijos, Roldos, même combat, même mort

Dites-nous en plus sur ce qui s’est passé avec Omar Torrijos.

Omar, encore une fois, résistait de manière exemplaire aux États-Unis, exigeant que le Canal de Panama reste aux mains des Panaméens. J’ai passé beaucoup de temps avec lui et je l’appréciais beaucoup en tant qu’individu. Il était extrêmement charismatique et courageux et aussi très nationaliste dans son désir d’obtenir le meilleur pour son peuple. Je ne suis pas arrivé à le corrompre. J’ai tout essayé. Et plus j’échouais, plus je redoutais qu’il lui arrive quelque chose. Et effectivement: son avion s’est écrasé au mois de mai peu après que Torrijos ait réuni sa famille pour leur annoncer: « Je suis probablement le prochain sur la liste, mais je suis prêt à partir. Le Canal a été rendu. » Il avait signé un traité avec Jimmy Carter pour reprendre le contrôle du Canal de Panama. Il a ajouté: « J’ai fait mon travail et je peux maintenant partir. » Il a ensuite fait un rêve dans lequel il était dans un avion qui s’écrasait contre une montagne. Torrijos est mort deux mois après Jaime Roldós.

Vous avez rencontré ces deux hommes À quoi ressemblaient vos conversations avec eux

Oui, je les ai rencontrés tous les deux. J’ai passé beaucoup de temps avec Torrijos lors de réunions formelles, de cocktails ou de barbecues. Il aimait beaucoup tout cela. J’essayais sans cesse de le rallier à nous, en lui rappelant que s’il acceptait, lui et sa famille obtiendraient des contrats très lucratifs, qu’ils deviendraient très riches, etc. Et je le mettais en garde, mais il n’avait pas besoin de mes avertissements, il savait ce qui l’attendait s’il ne se ralliait pas à nous. Sa position était: « Je veux faire ce que je peux dans cette vie et ensuite, peu m’importe. » Après que j’ai écrit Les Confessions... , Martha Roldós, la fille de Jaime, s’est rendue aux États-Unis pour me rencontrer. Je viens de passer du temps avec elle en Équateur. Elle fait maintenant partie du Parlement équatorien et vient juste d’être élue. Elle a épousé le neveu d’Omar Torrijos. Elle avait dix-sept ans quand ses parents sont morts. Sa mère était aussi dans l’avion...

Quelles étaient vos conversations à l’époque avec d’autres prétendus hommes de main? Je veux dire, quand vous étiez l’économiste en chef de Charles Main.

En fait, quand nous étions ensemble, nous pouvions très bien être assis à une table, à l’Hôtel Panama par exemple, en sachant que notre but à tous était de convaincre ces personnes. Mais nous avions aussi notre emploi officiel, qui consistait à faire des études économiques attestant comment, en acceptant un prêt, un pays pourrait améliorer son produit intérieur brut.
Nous produisions donc ces rapports économiques susceptibles de prouver à la Banque mondiale ainsi qu’à Omar Torrijos que s’il acceptait ces énormes emprunts, le produit national brut de son pays augmenterait rapidement, tirant son peuple de la pauvreté. Et ces rapports étaient logiques d’un point de vue économétrique, et il est vrai que le PNB augmentait vraiment. Mais ce qui était aussi vrai – Omar et Jaime Roldós le savaient et je commençais à le comprendre – c’est que, même si l’économie générale augmentait, les pauvres s’appauvrissaient avec ces prêts. Les riches s’enrichissaient parce que la plupart des pauvres n’avaient rien à voir avec le produit national brut. Un grand nombre d’entre eux n’avaient même pas de revenu. Ils vivaient de l’agriculture et ne bénéficiaient de rien, mais ils étaient responsables de la dette. À cause de cet énorme fardeau, à long terme, leur pays ne pourrait plus leur fournir de systèmes de santé, d’éducation ni d’autres services sociaux.

Congo: notre part de responsabilité

Parlez-nous du Congo.

Ah ! L’Afrique et le Congo, c’est une histoire vraiment accablante ! Une histoire cachée également. Ici, aux États-Unis, nous ne parlons même pas de l’Afrique ; nous n’y pensons pas. Le Congo possède un minerai qu’on appelle le coltan, ce dont la plupart d’entre nous n’ont peut-être jamais entendu parler, mais que contiennent tous les téléphones cellulaires et les ordinateurs portatifs. Plusieurs millions de personnes ont été tuées ces dernières années au Congo pour le coltan, parce que vous, moi et tous les pays du G8 voulons acheter des ordinateurs portatifs et des cellulaires bon marché. Bien sûr, les entreprises qui les fabriquent les vendent sur la base du: « Regardez, le mien coûte deux cents dollars de moins que l’autre société ! ». Mais, pour pouvoir faire cela, on asservit des Congolais. Les mineurs meurent de l’exploitation du coltan. Il y a aussi ces grands conflits pour en obtenir à bas prix. Il faut savoir que si nous voulons vivre dans un monde sans danger, nous devons exiger de payer des prix plus élevés pour des choses comme les ordinateurs portatifs et les téléphones cellulaires et qu’une bonne partie de l’argent soit reversée aux gens qui exploitent le coltan. C’est la même chose pour le pétrole et pour tant d’autres ressources que nous ne voulons pas acheter à leur véritable coût. Des millions de personnes dans le monde souffrent des conséquences de cette attitude. Environ cinquante mille personnes que l’on pourrait guérir meurent chaque jour de la faim ou de maladies liées à la faim sans qu’on leur fournisse de médicament tout simplement parce qu’ils font partie d’un système où de longues heures de travail ne sont récompensées que par des salaires très très bas, ceci afin que nous, nous puissions avoir des produits moins chers chez nous. Le Congo est un exemple vraiment édifiant de ce problème.
L’Irak n’est pas un désastre pour tout le monde...

Vous parlez des pseudo défaites au Viêtnam et en Irak, et de ce qu’elles signifient pour les entreprises...

Oui... Vous et moi, nous les voyons comme des défaites. Et toute personne ayant perdu un enfant, un frère ou un époux le voit certainement de cette manière. Les entreprises, elles, ont fait d’énormes profits grâce au Viêtnam: l’industrie militaire, les grandes entreprises, les sociétés de bâtiments. Et bien sûr, elles font cela à une très grande échelle en Irak. Alors, les « corporatocrates », ces gens qui soutiennent que les jeunes Américains doivent continuer à se battre dans ce pays, font d’énormes profits. Il n’y a pas d’échec pour ces entreprises, mais des réussites économiques. Je sais que cela paraît cynique. Je suis cynique à ce sujet. J’ai été là-bas, j’ai vu ce qui se passait. On ne peut plus laisser faire tout cela. Personne ne doit laisser faire cela.

C’est le quarantième anniversaire de la guerre israélo-arabe de 1967. Vous parlez d’Israël comme d’une « Forteresse Amérique » au Moyen- Orient.

Selon moi, c’est très triste, mais aussi très révélateur, une fois encore, que l’on incite les Israéliens à croire qu’au fond, on les indemnise avec cette terre en compensation de l’Holocauste. Il est évident que cet évènement a été horrible et qu’ils méritent qu’on s’occupe d’eux, qu’on les dédommage, qu’on leur permette la stabilité. Mais pourquoi les installer dans cette région, au milieu du monde arabe, leur ennemi traditionnel? Pourquoi avoir choisi une région aussi instable? Tout simplement pour nous servir de cette gigantesque forteresse dans les plus grands champs pétrolifères connus au monde actuellement. Nous le savions quand nous avons installé l’État d’Israël là-bas... Nous avons construit cette vaste base militaire, ce camp armé au milieu des champs pétrolifères du Moyen-Orient entourés par les communautés arabes. Ainsi, il est évident que nous avons engendré une énorme accumulation de rancœur et de colère ainsi qu’une situation pour laquelle il est difficile d’entrevoir une issue positive. Force est de constater que notre base militaire en Israël nous permet d’avoir une énorme défense, de lancer des attaques. C’est l’équivalent des châteaux des croisés au Moyen-Orient, et c’est vraiment très triste, extrêmement triste que les Israéliens soient entraînés dans cette situation. Ça l’est aussi pour les Américains. C’est une situation pénible pour le monde.

Nous sillonnons le globe, John Perkins, exactement ce que vous avez fait pendant vos années de consultant international. Vous avez aussi écrit des livres sur le chamanisme ainsi que sur le Tibet. Quelle est la place de ce pays ici?

J’étais au Tibet il y a à peine quelques années. Chose intéressante, j’y avais amené avec moi un groupe d’une trentaine de membres d’un organisme à but non lucratif... Il est évident que le Tibet actuel est démoralisant, la présence chinoise étant extrêmement forte. On voit la façon dont la culture tibétaine a été écrasée. On sent toujours la présence de soldats et d’espions chinois. Durant le voyage, beaucoup de personnes ont pris conscience de l’horreur de la situation. Mais les personnes qui avaient été avec moi en Amazonie, où les compagnies pétrolières et notre armée font la même chose, ont dit: « Est ce que cela ne nous rappelle pas ce que nous faisons dans une grande partie du monde? ». C’est quelque chose qu’on a tendance à oublier. On peut tous agiter des bannières « Tibet libre », et l’on doit le faire. Mais pourquoi ne pas libérer les pays qui sont sous notre coupe aussi? Je n’aime pas dire cela de cette façon, parce que certaines personnes pourraient ne pas être d’accord avec moi mais, je pense que l’Irak est dans une situation encore pire que le Tibet d’aujourd’hui. La situation au Tibet ressemble à ce que nous mettons en oeuvre dans le monde, même si la plupart des Américains ne s’en rendent pas compte. Ils savent ce que font les Chinois, mais pas ce que nous faisons en réalité à un niveau bien plus grand.

Etats d’âme

John, parlez-nous de votre transformation. Vous gagniez beaucoup d’argent, vous voyagiez à travers le monde. Vos fonctions vous permettaient de rencontrer des présidents et des Premiers ministres et de les faire capituler. Qu’est-ce qui vous a fait changer et finalement prendre la décision d’écrire à ce sujet?

Quand j’ai commencé, j’avais derrière moi trois ou quatre cents ans de calvinisme yankee dans le New Hampshire et le Vermont, avec des principes moraux très forts. Je viens d’une famille républicaine assez conservatrice. Et pendant les dix années où j’ai été assassin financier, de 1971 à 1981, j’étais plutôt jeune, mais cela me causait quand même des problèmes de conscience. Mais, tout le monde m’encourageait, les présidents de tous ces pays et celui de la Banque mondiale, Robert McNamara, me complimentaient. On m’a demandé de donner des conférences à Harvard et ailleurs sur mon activité. Et ce que je faisais n’était pas illégal ; ça aurait dû l’être, mais ça ne l’était pas. Et cela me déchirait le coeur. Le temps a passé et j’ai commencé à comprendre de mieux en mieux ; c’est devenu plus difficile pour moi de continuer. J’avais une équipe d’une quarantaine de personnes à mon service. Tout s’accumulait. Un jour, en vacances, alors que je faisais du bateau dans les îles Vierges, j’ai mouillé près de l’île de Saint-John. J’ai tiré le petit canot [jusqu’à la rive] et j’ai escaladé la montagne... jusqu’à cette vieille plantation de canne à sucre en ruines. C’était magnifique, les bougainvillées, le soleil couchant... Je me suis assis là, me sentant en paix. Et puis, j’ai soudain réalisé que cette plantation avait été bâtie sur les os de milliers d’esclaves, que l’hémisphère entier avait été bâti sur les os de millions d’esclaves. Je suis devenu très en colère et très triste. J’ai soudain réalisé que je permettais à tout cela de continuer, que j’étais un négrier qui laissait les choses se produire d’une façon un peu différente, plus subtile. Mais le résultat était tout aussi lamentable. À ce moment-là, j’ai pris la décision de ne plus jamais recommencer. Je suis ensuite revenu à Boston quelques jours plus tard et j’ai démissionné.

Vous avez donc donné votre démission, mais ce n’était qu’une étape. Écrire à ce sujet en est une autre. Parlez-nous de vos tentatives au fil du temps.

Après mon départ volontaire, j’ai essayé plusieurs fois d’écrire le livre qui allait devenir les Confessions d’un assassin financier, mais à chaque fois que je prenais contact avec d’autres hommes de main avec lesquels j’avais travaillé ou des chacals pour recueillir leurs histoires, la nouvelle se répandait et on me menaçait. Ma fille était jeune à l’époque. Elle a maintenant vingt-cinq ans. On m’a aussi proposé des pots-de-vin et j’en ai accepté un d’environ un demi million de dollars (340 000 euros). C’est ce qu’on appelle un « pot-de-vin légal », mais ça reste illicite. On me l’a donné à condition que je n’écrive pas le livre. Il n’y avait pas de doute à ce sujet. J’en parle en détails. J’ai apaisé mon sentiment de culpabilité en mettant une grande partie de cet argent au service des organismes à but non lucratifs que j’avais crées, Dream Change et Pachamama Alliance, qui aident les Amazoniens à combattre les compagnies pétrolières. Mais je n’ai pas écrit l’histoire. Je trouvais toujours des excuses. J’ai écrit d’autres livres sur les populations autochtones. J’ai travaillé avec elles. J’ai écrit les ouvrages sur le chamanisme, etc. Et puis, le 11 Septembre, j’étais en Amazonie avec le peuple Shuar. Je me suis rendu à New York à Ground Zero. Alors que je me tenais là à regarder ce terrible cratère fumant, dans lequel on sentait encore l’odeur de chair brûlée, j’ai réalisé que je devais écrire ce livre. Je ne pouvais plus remettre ma décision à plus tard. Les Américains ne comprenaient pas pourquoi tant de gens dans le monde étaient en colère, frustrés et terrifiés. Je devais assumer ma responsabilité dans les évènements du 11 Septembre. En réalité, d’une certaine façon, nous le devons tous. Ce qui ne veut pas dire fermer les yeux sur les tueries, jamais. Je n’excuse rien. Mais j’ai vraiment réalisé que le peuple américain avait besoin de comprendre la raison de tant de colère dans le monde. Je me devais d’écrire ce livre. Cette fois-ci, je n’en ai parlé à personne. Même si ma femme et ma fille savaient que j’écrivais, elles ignoraient le sujet de mon livre. Je ne suis entré en contact avec personne, ce qui a rendu les choses un peu plus difficile. Mais finalement, j’ai envoyé le manuscrit à un très bon agent new-yorkais qui l’a ensuite envoyé à des éditeurs. À partir de ce moment-là, le livre était devenu ma meilleure police d’assurance: si quelque chose d’étrange m’arrivait, même maintenant, le livre se vendrait soudainement. Il se vend bien depuis longtemps.
Parfois, des gens me disent: « N’avez-vous pas peur que votre éditeur essaie de vous assassiner afin de stimuler les ventes? ». Je ne suis pas inquiet.

Version off du coup d’Etat aux Seychelles

Vous dites à propos de Jack Corbin qu’« un chacal est né ». Qui est-ce?

Ce n’est pas son vrai nom, même si c’est une personne réelle. Il est bien en vie et travaille pour nous en Irak. Mais c’est un chacal, un assassin. Pour moi, l’une des histoires les plus fascinantes concerne les Seychelles, un petit pays, une île, au large de la côte africaine. Et il se trouve qu’elle est située près de Diego Garcia, l’une des bases aériennes américaines les plus stratégiques. Diego Garcia a une longue histoire. Mais, à la fin des années 70, le président des Seychelles était ami avec nous. James Mancham a été renversé dans un coup d’État sans effusion de sang par France- Albert René, un socialiste. Et ce dernier a menacé de nous faire sortir de Diego Garcia, de révéler la vérité derrière les choses terribles qui nous permettaient d’être là. Il y a de nombreux détails dans lesquels je ne rentrerai pas maintenant...

De plus, il s’agit d’une base militaire très importante.

Oh, extrêmement. Elle a été utilisée, et continue de l’être, en Afghanistan et en Irak ainsi que dans des sorties en Afrique et dans d’autres régions du globe. En tout cas, on a annulé mon travail et quelque temps plus tard, une équipe d’assassins a été envoyée en provenance d’Afrique du Sud. Quarante-cinq ou quarante six personnes, je ne me souviens pas du nombre exact, devaient jouer le rôle d’une équipe de rugby pour apporter des cadeaux de Noël aux enfants des Seychelles. Leur véritable mission était de renverser le gouvernement et d’assassiner René. Je ne connaissais pas ces individus à l’époque. Maintenant, je connais Jack Corbin, je le connais très bien et personnellement. Je l’ai rencontré depuis. Nos chemins se sont recroisés à l’époque, mais nous ne nous connaissions pas encore.

Qu’est-ce qu’il a fait exactement?

L’équipe est entrée en scène et a été arrêtée à l’aéroport. Un agent de sécurité avait découvert une arme cachée sur l’un des membres. Il y a eu d’importants échanges de coups de feu dans l’aéroport de Mahi et ces mercenaires étaient encerclés à l’extérieur par des milliers de soldats. Jack m’a dit que c’était l’une des seules fois de sa vie où il avait compris qu’il allait mourir et qu’il avait du temps pour y penser. Il aurait pu mourir de nombreuses fois, mais il a réagi rapidement. Ils ne savaient pas quoi faire. Finalement un 707 de la compagnie Air India est arrivé en vue et a demandé la permission d’atterrir, ce qu’il a obtenu. Dès l’atterrissage, l’équipe l’a détourné et l’a fait décoller pour Durban, en Afrique du Sud. L’évènement était documenté aux actualités nationales américaines et... je ne savais pas ce qui allait se passer quand on a mis fin à mon contrat. Mais à ce moment-là, je voyais l’évènement se dérouler. Ce que le monde a vu, c’est cet avion qui arrive à Durban, encerclé par des agents de sécurité sud-africains. Les hommes dans l’avion se sont rendus. Ils se sont faits embarquer, ont été envoyés devant le tribunal puis condamnés à la prison. Certains, je crois, ont été exécutés. C’est la fin de l’histoire telle que nous la connaissons. Maintenant que je connais Jack, la réelle version des faits est que, quand l’avion a été encerclé, les forces de sécurité ont appelé les pilotes au téléphone et ont découvert qu’à l’intérieur il y avait de bons amis à eux, leurs enseignants en fait. Ils ont conclu un marché: les hommes devaient se rendre. Ils ont vraiment passé trois mois en prison. Puis on les a relâchés tranquillement. Bon nombre des membres de cette équipe travaillent aujourd’hui pour nous en Irak. Vous savez, ils font ce que nos soldats n’ont pas le droit de faire. Et ils gagnent beaucoup d’argent.

Qui est cet homme, Jack Corbin, qui travaille en Irak aujourd’hui?

Il est dans une société privée locale dont le contrat vient du Pentagone, de la CIA, de l’une de ces organisations. Donc, comme le veut ce milieu, il y a un très grand nombre de mercenaires là-bas. Jack Corbin et ses compères sont les plus haut placés. Ce sont les personnes les plus qualifiées qui font le travail délicat. Nous avons aussi beaucoup de gens qui travaillent pour Blackwater et d’autres, vous savez, qui n’ont pas autant de compétences et qui sont juste là pour faire le sale travail. À ce niveau, on trouve de tout.

Convaincre les entreprises de changer

John Perkins, quelles sont selon vous les solutions actuelles?

Cet empire que nous avons créé a un empereur qui n’est pas le président de ce pays. Le président exerce ses fonctions pendant une courte période de temps. Cela n’a pas vraiment d’importance si nous avons un démocrate ou un républicain à la Maison-Blanche ou qui dirige le Congrès: l’empire dure parce qu’il est géré par ce que j’appelle la corporatocratie, un groupe d’hommes à la tête de nos plus grandes entreprises. Ce n’est pas la thèse du complot. Ces hommes n’ont pas besoin de comploter. Ils savent tous ce qui sert leurs meilleurs intérêts. Ce sont vraiment des empereurs, au sens où ils ne se mettent pas au service des gens. Ils ne sont pas élus démocratiquement, ils n’ont pas un nombre de mandats limité. Au fond, ils ne dépendent de personne si ce n’est leurs comités, même si la plupart des PDG les dirigent en réalité. Ils sont le pouvoir à l’origine de tout cela. Ainsi, si nous voulons redresser la situation, nous devons les toucher profondément. Nous devons changer les entreprises, qui sont leur source d’influence. Le but principal des sociétés d’aujourd’hui est de faire d’importants profits, enrichissant quelques personnes chaque trimestre, chaque jour, à très court terme... Il n’y a aucune raison que cela continue d’exister. On a défini les entreprises comme étant des individus. Les individus doivent être de bons citoyens. C’est ce que sont censées être les entreprises. Leur objectif premier doit être de prendre soin de leurs employés, de leurs clients et de toutes les personnes dans le monde qui fournissent les ressources utilisées pour faire fonctionner cette planète. Elles doivent aussi prendre soin de l’environnement et des communautés où vivent ces gens. Nous devons forcer les entreprises à se redéfinir et je pense que c’est un objectif très réaliste. Tout cadre est assez intelligent pour comprendre qu’il est à la tête d’un système qui a échoué... Cela doit changer et ces dirigeants le savent... Je crois qu’ils veulent du changement... Nous devons les convaincre que leurs entreprises doivent améliorer le monde plutôt que de servir les intérêts de quelques riches et de les enrichir encore plus. Nous devons transformer la situation. C’est vraiment nécessaire.

Je voudrais vous poser une dernière question rapide sur l’Équateur. Son ministre de la Défense, Guadalupe Larriva est mort dans un accident d’hélicoptère près de la base aérienne américaine de Manta [le 24 janvier]. Est-ce que vous en savez quelque chose?

Oui. Je reviens de l’Équateur et tout le monde en parle parce que c’est aussi arrivé au ministre de la Défense de Jaime Roldós avant que ce dernier ne soit assassiné. Le fait que cela se soit passé près de la base de Manta et que l’accident ait été bizarre, deux hélicoptères entrant en collision, d’une façon très semblable à ce qui était arrivé à Jaime Roldós, fait dire à tous les Équatoriens qu’il s’agit d’une mise en garde lancée à Rafael Correa, le nouveau président du pays.

Traduction: Christèle Guinot

 

Extrait des Confessions d’un assassin financier

La subtilité des moyens utilisés pour créer cet empire moderne ferait rougir de honte les centurions romains, les conquistadors espagnols et les puissances coloniales européennes des XVIIIe et XIXe siècles. Les assassins financiers sont rusés ; ils ont su tirer des leçons de l’histoire. Aujourd’hui, on ne porte plus l’épée. On ne porte ni armure ni costume distinctif. Dans des pays comme l’Équateur, le Nigeria ou l’Indonésie, les saboteurs sont vêtus comme des enseignants ou des boutiquiers. À Washington et à Paris, ils se confondent avec les bureaucrates et les banquiers. Ils semblent de simples individus normaux. Ils visitent les sites des projets et se promènent dans les villages appauvris. Ils professent l’altruisme, discourant, pour les journaux locaux, de la merveilleuse oeuvre humanitaire qu’ils accomplissent. Ils couvrent de leurs bilans et de leurs projections financières les tables rondes des comités gouvernementaux et ils donnent des conférences sur les miracles de la macroéconomie à l’École de commerce de Harvard. Ils travaillent à découvert. Ou, tout au moins, ils savent se faire accepter tels qu’ils se présentent. C’est ainsi que le système fonctionne. Ils commettent rarement des actes illégaux, car le système lui-même repose sur le subterfuge et est légitime par définition. Cependant – et c’est là un sévère avertissement –, s’ils échouent, une espèce plus sinistre encore entre en scène, ceux que l’on appelle les chacals, qui sont les héritiers directs des empires de jadis. Ils sont toujours présents, tapis dans l’ombre. Quand ils en sortent, des chefs d’État sont renversés ou meurent dans des « accidents » violents. Et si, par hasard, les chacals échouent, comme en Afghanistan ou en Irak, les vieux modèles ressurgissent. Quand les chacals échouent, de jeunes Américains sont envoyés au combat, pour tuer et pour mourir. En dépassant le gros monstre de béton s’élevant de la rivière, j’étais très conscient d’avoir les vêtements trempés de sueur et les tripes contractées. Je me dirigeais vers la jungle afin d’y rencontrer des indigènes déterminés à se battre à mort pour arrêter cet empire que j’ai contribué à créer et j’étais en proie à la culpabilité. Je me demandais comment le gentil petit campagnard du New Hampshire que j’avais été autrefois avait pu finir par exercer un si sale métier.

Confessions d’un assassin financier, John Perkins, éd. Al Terre, 2004.

NOW

Histoire du « Nouvel Ordre Mondial »

Pierre Hillard retrace l’histoire d’un courant idéologique qui imprime sa marque aux actuelles tentatives de regroupement d’Etats au sein de blocs régionaux et tente de les orienter vers une forme de gouvernance mondiale. Son objectif n’est pas de prévenir les conflits, mais d’étendre la puissance financière et commerciale du monde anglo-saxon. Il théorise et revendique le projet d’un « Nouvel ordre mondial » érigé sur les ruines des Etats-nations.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’assimiler tous les efforts visant à mettre fin aux divisions nationales à une volonté de domination. Mais il est indispensable d’étudier ce projet de globalisation politique afin de ne pas le laisser transformer l’idéal de l’unité humaine en un cauchemar totalitaire.

Réunis à Londres, le 2 avril 2009, autour de la reine Elizabeth II, les chefs d’Etat et de gouvernement des 20 plus grandes puissances du monde ont envisagé de créer un directoire économique mondial.

Avec la ratification du Traité de Lisbonne par les 27 Etats européens, l’élection d’Herman van Rompuy à la présidence du Conseil européen et de Catherine Ashton comme Haut-représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le 19 novembre 2009, marque un tournant décisif dans les ambitions mondialistes. L’Union européenne (l’UE) se voit dotée progressivement d’un visage politique et d’un « numéro de téléphone » pour reprendre l’expression d’Henry Kissinger. Certes, de nouveaux réglages — une forme de rodage — s’avèrent nécessaires afin de véritablement asseoir cette union régionale. En effet, des rivalités continuent à perdurer entre le président du Conseil européen, le président de la Commission européenne et la présidence tournante de six mois. Cette situation agace profondément l’administration Obama. Cependant, dotée de la personnalité juridique et d’une complète primauté du droit européen sur le droit national, l’Union européenne peut prétendre (réussir ?) devenir un acteur de la scène internationale. Il serait faux d’affirmer que cette nouvelle vocation se fera dans une complète indépendance par rapport au reste du monde. En fait, les élites européistes soutenues par l’oligarchie financière avancent en liaison et en communion d’esprit avec toutes les autres formes d’unions régionales en cours d’élaboration sur la planète.

En effet, l’Union européenne n’est qu’une composante d’un vaste programme conduisant à l’émergence de blocs continentaux dotés chacun d’une monnaie, d’une citoyenneté, d’un parlement unique, etc ; l’ensemble de ces blocs étant appelé à constituer une gouvernance mondiale. Nous pouvons relever les unions régionales suivantes en formation :

La Communauté Economique Eurasiatique (CEEA ou Eurasec pour Eurasian Economic Community) : créée en octobre 2000 et réunissant plusieurs pays de l’ancien bloc soviétique (Russie, Kazakhstan, Biélorussie, …), elle poursuit l’objectif de créer une union douanière à partir de 2010 avec l’idée d’une monnaie régissant l’ensemble appelé « evraz » ou « euras » ou encore « eurasia » (le nom de cette monnaie peut encore changer).

L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) : créée en mai 2008, elle entend passer d’une logique sub-régionale à une identité régionale en fusionnant en une seule organisation le Mercosur et la Communauté andine, c’est-à-dire en réunissant tous les Etats du continent sud-américain (à l’exception de la Guyane française, et des îles britanniques Sandwich et Malouines). L’idéal poursuivi est de réussir la mise sur pied d’un parlement, d’une monnaie unique et d’une citoyenneté commune. L’UNASUR entretient des liens privilégiés avec son modèle européen dans le cadre d’une assemblée parlementaire euro-latino américaine appelée EUROLAT.

Le Système d’intégration centre-américain (SICA) : créé en décembre 1991, ce groupe de pays centre-américains poursuit les mêmes objectifs cités ci-dessus, en particulier la création d’une monnaie unique suite au 33è congrès tenu à San Pedro Sula (Honduras) en décembre 2008.

Le lancement de « l’Organisation de l’Unité Africaine » (OUA) en 1963 a permis de passer à la vitesse supérieure, à partir des années 1999-2000, avec la création de l’Union Africaine (l’UA, à Durban en juillet 2002) et du « Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » (NEPAD). Les objectifs (commission, parlement panafricain, cour africaine des droits de l’homme, etc) se calquent sur le modèle européen.

Le Conseil de coopération du Golfe (Golf cooperation council, GCC) : créé en 1981, il tend à une union de plus en plus étroite entre les Etats du Golfe (Bahrein, Koweït, Oman, Qatar, Arabie Saoudite et Emirat arabes unis). Une monnaie commune est prévue vers 2010/2011. Le nom avancé par certains est « Khaleeji ». Cependant, même si le principe d’unité monétaire est retenu, l’appellation de cette monnaie n’est pas assurée.

Une union asiatique prend forme sous l’égide de trois acteurs principaux : le Japon (CEAT, Council on East Asian Community), la Chine (NEAT, the Network of East Asian Think Tank) et la Corée du Sud (EAF, the East Asia Forum). Depuis le 1er janvier 2010, la Chine et l’Asean (sigle anglais pour « Association des nations du Sud-Est asiatique) ont lancé la plus grande zone de libre-échange au monde, à laquelle se sont joints la Corée, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle doit permettre « d’accélérer ce processus de régionalisation » comme se plaît à le dire Xu Ningning, le secrétaire général du Conseil économique Chine-Asean.

 Une union Nord-américaine a été lancée en mars 2005 au Texas (Waco) entre les chefs d’Etat états-unien, canadien et mexicain dans le cadre du PSP (Partenariat pour la Sécurité et la prospérité). L’objectif déclaré est d’aboutir, théoriquement au cours de l’année 2010, à l’instauration d’un périmètre politique, économique et militaire unifié entre les trois Etats. Une unité monétaire appelée « amero » ou « dollar nord-américain » (la désignation de cette nouvelle monnaie n’est pas assurée) doit remplacer le dollar US et canadien ainsi que le peso mexicain. Cette mutation passe par un effondrement du dollar et, par ricochet, du système financier et monétaire mondial. Cette crise systémique globale (politique, financière, monétaire et géopolitique) se renforce en ce début de l’année 2010 afin de favoriser l’arrivée de ce nouvel ordre mondial tant désiré par les thuriféraires du système.

Enfin, il est prévu théoriquement pour 2015 l’instauration d’un bloc euro-atlantique unifié politique, économique et militaire. Nous pouvons signaler que le Parlement européen a adopté une résolution, le 26 mars 2009, traitant de « l’état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux Etats-Unis ». Cette résolution a le mérite de rappeler tous les accords politiques, économiques et militaires conclus de part et d’autre des rives de l’Atlantique afin d’aboutir à une union transatlantique.

Cette liste ne serait pas complète sans évoquer un événement majeur passé sous silence par la presse française. En effet, lors du sommet de l’Aquila en Italie (8-10 juillet 2009), les chefs d’Etat ont traité divers dossiers (crise économique, climat, …). Cependant, lors d’une rencontre avec les journalistes, le président russe Medvedev s’est plu à présenter un prototype de monnaie mondiale sous la forme d’une pièce fabriquée en Belgique sur laquelle était gravée en anglais « unité dans la diversité ». Cette présentation constitue un tournant majeur. Pour la première fois, un chef d’Etat a présenté un exemplaire d’une monnaie en mesure d’être la référence unique de l’humanité toute entière. Ce geste complète les propos d’Herman van Rompuy qui, lors de son discours de remerciements après sa nomination au poste de président du Conseil de l’Union européenne, n’a pas hésité à prononcer ces paroles lourdes de sens : « 2009 est aussi la première année de la gouvernance mondiale avec l’instauration du G20 en plein crise financière ».

Cette affirmation juste de la part d’un partisan de la gouvernance mondiale doit nous amener à réfléchir et à nous poser la question suivante : comment en est-on arrivé là ? En effet, la description de ces diverses unions régionales plus ou moins avancées dans le cadre d’une autorité unique avec éclatement interne des Etats qui les composent n’est pas le fruit du hasard. En fait, cette mutation résulte d’un très long travail de fond de la part des oligarchies financières et de groupes élitistes politiques dans le cadre de think tanks ou de fondations.

L’oligarchie anglo-saxonne et ses princes

Le public francophone est malheureusement ignorant des vrais acteurs de la politique mondiale, ces derniers exerçant leurs talents plus dans les coulisses que sur la scène politicienne. Pour mieux comprendre la situation désastreuse dans laquelle les défenseurs de la cause nationale se trouvent en ce début de XXIè siècle, il est nécessaire de rappeler dans ses grands traits le rôle éminemment important de la puissance financière et aristocratique anglo-saxonne. Celle-ci a toujours constitué un Etat dans l’Etat. On peut situer sa prise du pouvoir suite à l’instauration de la « Grande Charte » du 15 juin 1215. Après la défaite du roi Jean Sans Terre d’Angleterre, le 27 juillet 1214 à Bouvines face au roi Philippe Auguste, les barons anglais ont arraché des privilèges politiques et financiers. Désormais, la couronne britannique est obligée de composer et de collaborer avec une caste qui allie force, puissance financière et ambitions commerciales. Dès cette époque, une élite avide, revendicatrice et orgueilleuse est née. Elle est à l’origine de l’existence de ces groupes de pressions (ou lobbies) qui, par des voies aussi diverses que la finance, le renseignement ou les médias, exercent des pressions sur le pouvoir politique. Ce dernier dépendant largement d’appuis et de monnaie sonnante et trébuchante pour son maintien au pouvoir est dans l’obligation absolue de tenir compte des avis et des conseils émanant de cette caste. Les think tanks (« instituts de recherche » ; la traduction est cependant impropre), fondations et groupes élitistes sont la suite logique d’un état d’esprit élitiste et mercantile. Ces cénacles sont devenus les centres incontournables d’une minorité active conditionnant l’avenir du monde anglo-saxon puis, de proche en proche, de l’univers entier. Contrairement à la conception politique française qui soumet toute activité à celle de l’Etat, ces organisations politico-commerciales ne dépendent plus d’une autorité nationale. Très tôt, elles ont exercé leurs talents. Dès le Moyen-Âge, des compagnies comme les London Staplers, les London Mercers Company ou encore la British East India Company (la BEIC au 17è siècle) ont été les fers de lance de l’impérialisme britannique. Ainsi, l’aristocratie commerciale s’est transmises le flambeau de la conquête et de la maîtrise des richesses de génération en génération. « Toujours plus » pour reprendre une expression de François de Closets.

La défaite française en Amérique du Nord conduisant au Traité du 10 février 1763 peut être considéré comme l’acte de naissance de la montée en puissance de l’oligarchie britannique. En effet, la perte de la Nouvelle France donne à la Couronne britannique tout un continent aux richesses inouïes et presque vide d’habitants. L’incapacité de la monarchie française à peupler ces vastes territoires et à les intégrer à la sphère de la civilisation gréco-romaine fait basculer tout cet espace sous la coupe anglo-saxonne. Mâtinées d’un tour d’esprit messianique, les élites conquérantes américaines en liaison avec leurs homologues britanniques sont prêtes à imposer leur modèle au monde entier. Après les guerres de la Révolution et la défaite de Napoléon I en 1815, la puissance anglo-saxonne n’a plus de rival sur les mers. Puissance démographique, peuplement de vastes territoires en Amérique du Nord, en Afrique australe, en Australie et en Nouvelle-Zélande, contrôle de points stratégiques partout dans le monde (Gibraltar, Hong Kong, …), mainmise de territoires sur presque tous les continents, technologie de pointe et secteur bancaire performant permettent à ces aristocraties commerciales de Londres et de New-York de rêver à un contrôle du monde sous les auspices de la City et de Wall Street. Un homme a été la figure de proue de cet idéal : Cecil Rhodes.

Cecil Rhodes

Ce grand défenseur de l’Empire britannique émigre en Afrique australe où sa personnalité et ses qualités intellectuelles hors normes lui permettent de faire fortune dans le diamant. Il est à l’origine de la création de l’industrie diamantaire De Beers en liaison et avec l’appui de Nathaniel Mayer Rothschild (1840-1915). Sa fortune colossale lui ouvrant les portes de la colonie britannique, Cecil Rhodes pose les jalons permettant à l’Etat Sud-africain (dominion de l’Empire britannique) de prendre forme quelques années après sa mort en 1910. Son influence financière et politique lui permet de contrôler des territoires à qui il donne son nom : la Rhodésie. Divisés plus tard en Rhodésie du Nord et Rhodésie du Sud, ces Etats sont devenus la Zambie et le Zimbabwe. Cependant, sa grande idée coloniale est de réaliser une immense voie de chemin de fer partant du Cap jusqu’au Caire. Dans sa défense de l’Empire britannique, les voies de communications constituent un enjeu capital pour la mise en valeur des richesses de toute sorte. Le développement des voies de communications (sous toutes ces formes) est le passage obligatoire pour le bon fonctionnement de tout Empire. Ce précepte est d’une très grande actualité en ce début de XXIè siècle. Les voies de communications constituent les artères irriguant l’empire commercial et politique.

Cecil RhodesAu-delà du bon fonctionnement de l’Empire britannique, un idéal supérieur taraude Cecil Rhodes. En effet, convaincu de la supériorité de la « race » anglo-saxonne, il conçoit une politique afin d’assurer cette prééminence : l’union de tous les pays anglo-saxons ou, plus exactement, l’instauration d’un bloc réunissant l’Empire britannique et les Etats-Unis d’Amérique. L’ensemble doit constituer pour lui le socle permettant la naissance d’un Etat mondial animé des principes et de la philosophie de l’aristocratie commerciale anglo-saxonne. Afin d’y parvenir, il estime nécessaire de recruter des personnalités supérieures au sein des universités qui, animées du même idéal, seront soutenues pour occuper les postes clefs et aussi divers que l’économie, la finance, l’armée, l’éducation, le renseignement ou encore le journalisme. Ainsi, pareil à un corps d’armée, ces différentes personnes véritables jésuites du mondialisme convergeront vers le même but afin de former les esprits dans leurs pays respectifs tout en développant les structures politico-économiques conduisant à l’émergence de cet Etat commercial mondial. Dans son esprit, cette ambition titanesque et de très longue haleine passe par la création des « bourses d’études Cecil Rhodes » (Rhodes Scholarships). Cecil Rhodes n’a pas eu le temps de voir la concrétisation de cet idéal de son vivant. Ce n’est qu’en 1904 que ses proches collaborateurs lancent les premières bourses d’études portant son nom à l’université d’Oxford. Le sociologue français, Auguste Comte, disait que « les morts gouvernent les vivants ». Cette formule peut largement s’appliquer à Cecil Rhodes. Ses concepts ont forgé le monde du XXè siècle et du début XXIè siècle. Sans tous les citer, nous pouvons relever parmi les bénéficiaires des bourses d’études Cecil Rhodes : le Premier ministre australien Bob Hawke (1981/1993) ; James Wolsey, directeur de la CIA (1993/1995) ; Wesley Clarke, patron de l’OTAN au cours de la décennie 1990 et acteur majeur de la destruction de la Yougoslavie en mars 1999 ; le président Bill Clinton (promotion 1968) ou encore James William Fullbright (sénateur de l’Arkansas et grande figure de la politique états-unienne).

La politique de Cecil Rhodes n’aurait pas pu prendre l’ampleur que l’on sait sans l’action de ses proches collaborateurs. Là aussi, nous ne pouvons pas citer la liste fort conséquente à la lecture d’Anglo-American Etablishment de Carroll Quigley. Les hommes entourant Cecil Rhodes se caractérisent par un fait majeur ; ils occupent les secteurs clefs de la société britannique dans la deuxième moitié du XIXè siècle. Ils ont déterminé l’avenir du monde d’une manière implacable. Dans cette longue liste, nous retiendrons trois personnages.

Alfred Milner Une des figures de proue, successeur et fils spirituel de Cecil Rhodes s’appelait Alfred Milner (1854-1925, appelé aussi Lord Milner). Parmi ses nombreuses activités comme par exemple directeur de la London Joint Stock Bank, il fut le chef du cabinet de guerre du Premier ministre Lloyd George durant le conflit de 1914-1918. Durant cette guerre mondiale, un événement déterminant pour les générations futures se joua en novembre 1917. En effet, la « Déclaration Balfour » (Arthur James Balfour, homme politique britannique) affirmait sous l’égide du gouvernement britannique la reconnaissance d’un foyer juif en Palestine. Cette reconnaissance fut officialisée directement par une lettre adressée à Walther Rotschild qui était un intermédiaire avec le mouvement sioniste en Grande-Bretagne. En réalité, le véritable rédacteur de cette déclaration était Alfred Milner. Comme l’explique Carroll Quigley, la « Déclaration Balfour » devrait en fait s’appeler la « Déclaration Milner ».

Philipp Kerr (1882-1940, devenu lord Lothian) fut le secrétaire privé de Lloyd George. Autant dire qu’il était au cœur des échanges politiques autour du Premier ministre anglais et était une courroie de transmission pour l’ensemble du « groupe Milner ». Par la suite, il fut ambassadeur du Royaume-Uni à Washington.

Enfin, nous pouvons évoquer Lionel Curtis (1872-1955). Outre sa participation aux travaux du Traité de Versailles, il est l’auteur de l’expression « Commonwealth of nations » dont l’application date de 1948. Comme le révèle Carroll Quigley, cette expression est le résultat de travaux dont le but était de préparer l’Empire britannique aux mutations politiques conduisant à une organisation mondiale. Ces travaux appelant à un Commonwealth remontent à 1916. Enfin, précisons que Lionel Curtis a joué un rôle déterminant, en 1919, dans la création du think tank anglais, le Royal Institute of International Affairs (RIIA appelé aussi Chatham House).

La compréhension de la mécanique mondialiste se doit d’être étudiée comme un immense puzzle. Il faut passer en revue chaque pièce de ce puzzle puis ensuite les réunir afin d’avoir une vue d’ensemble. C’est pourquoi, nous passons à un autre pan du système en rappelant au lecteur qu’il doit conserver à l’esprit ces différents éléments afin de reconstituer ensuite le tout. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut comprendre la « Bête ».

La société fabienne (Fabian society)

La société fabienne est un institut qui a vu le jour à Londres en 1884 sous l’impulsion de politique anglais comme Sydney Webb (1859-1947) et de son épouse, Béatrice Webb, ou encore de l’écrivain irlandais George Bernard Shaw (1856-1950). L’avant-garde de cette société se fit sous l’influence de promoteur du socialisme comme Robert Owen (1771-1858) qui transmit ses idées à John Ruskin (1819-1900, professeur à l’université d’Oxford et qui influença Cecil Rhodes).

D’autres personnes imprégnées d’un idéal socialiste chrétien comme Frederik Derrison Maurice (1805-1872) ont posé les jalons au cours du XIXè siècle ouvrant la voie à la fondation de la société fabienne. Le choix de « fabien » (fabian) s’explique puisqu’il se réfère au général romain de l’époque des guerres puniques (vers – 200 av - JC), Fabius Cunctator (c’est-à-dire le « temporisateur »). Face au général carthaginois Hannibal, le militaire romain pratiquait la politique de guérilla qui consistait à ne pas brusquer les choses afin d’atteindre son but. C’est cette méthode de changement en douceur mais implacable qui est la marque de fabrique de la société fabienne. Celle-ci défend le principe d’une société sans classe devant conduire à la synthèse du socialisme (l’Etat providence) et du capitalisme (les lois du marché), le tout devant aboutir à la mise en forme d’une économie monopolistique dans un cadre étatique mondial. Afin de répondre aux ambitions de cette société, ses dirigeants estiment qu’il faut y aller pas à pas ou, selon leur expression, par « graduation ». L’influence de cette société est immense car de nombreux politiques anglais ont été membres de la société fabienne. Cependant, cette influence a été d’autant plus importante que cette société a été à l’origine de la création de la London School of Economics (LES) en 1895 sous l’impulsion de Sydney Webb. Cette prestigieuse école de formation économique qui s’est diversifiée par la suite a formé, dans un esprit fabien, des générations de dirigeants anglais, mais aussi de nombreux étudiants de part et d’autre de la planète. Ceux-ci sont souvent devenus par la suite des acteurs majeurs de la vie politique et économique de leurs pays. Ainsi, l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi ; le président John Kennedy ; la reine du Danemark Margarethe II ; Pierre Trudeau (Premier ministre canadien) ; le lobbyiste et membre de plusieurs think tanks Richard Perle (« le prince des ténèbres ») ; le financier George Soros (fondateur des instituts Open Society) ; l’ancien conseiller de François Mitterrand, Erik Orsenna et même le chanteur des Rolling stones, Mike Jagger (il n’a fait qu’un an !), ont fréquenté les bancs de cette école. Cette dernière grâce à l’action de la société fabienne a contribué au formatage de nombreux esprits de part le monde. Cependant, l’influence de cette société a été variée, entre autres grâce à l’action d’un de ses membres, l’écrivain Herbert George Wells (1866-1946).

H.G Wells Imprégné de l’idéal fabien, H.G Wells a su développer ses vues dans de nombreux livres. Auteur à succès comme L’Homme invisible, La Machine à remonter le temps ou encore La Guerre des mondes, cet écrivain anglais a su répandre ses convictions dans un ouvrage paru en 1928, Open conspiracy (« conspiration ouverte »), prônant un Etat mondial sans classe, contrôlant tout (« une nouvelle communauté humaine » selon son expression), encourageant la réduction drastique de la population mondiale et la pratique de l’eugénisme. En fait, dès le début, H.G Wells a présenté ses théories dans un ouvrage méconnu et dont le titre correspond exactement à la formule maçonnique Ordo ab chao : La Destruction libératrice. Paru en 1914, cet ouvrage raconte l’histoire d’une guerre généralisée aboutissant à la création d’un Etat mondial constitué en 10 blocs (« 10 circonscriptions » selon la formule de l’auteur). C’est dans ce livre rappelons-le paru en 1914 que l’on retrouve l’expression « Nouvel ordre mondial ». Par la suite, H.G Wells a récidivé en publiant un livre en 1940 au titre sans équivoque : Le Nouvel ordre mondial.

Tous ses représentants fabiens fréquentaient et collaboraient de près ou de loin avec l’équipe de Cecil Rhodes puis de Lord Milner. Un véritable esprit de corps en faveur d’un but commun, un Etat mondial, animait ces différentes personnes. Ces élites anglo-saxonnes, qui ne sont que la suite logique de ces aristocraties commerciales du Moyen-Âge, ont continué à rassembler leurs forces au sein d’autres clubs comme la Pilgrim Society en 1902 à Londres et à New York. La vitesse supérieure fut atteinte, en 1910, avec la création de la Round Table.

La Round Table et ses enfants

La création de la Round Table, qui n’est finalement que l’héritière d’un passé multiséculaire de traditions mystiques, financières et élitistes, fut une étape décisive dans les préparatifs devant mener à un Etat mondial. En effet, sous l’impulsion de Lord Milner et de ses proches, cet institut haut de gamme fut créé en liaison avec les élites financières américaines afin d’assurer la prééminence du monde anglo-saxon devant aboutir à la création d’un Etat mondial. D’autres Round Tables furent créées dans tous les dominions de l’Empire britannique mais aussi aux Etats-Unis. Prenant la suite des ambitions de Cecil Rhodes, des financiers de renom encadraient l’équipe de Lord Milner comme Alfred Beit (1853-1906), Sir Abe Bailey (1864-1940) et la famille Astor. D’autres groupes se sont ajoutés au berceau du mondialisme animée par la Round Table : J.P Morgan, la banque Lazard ou encore les familles Rockefeller et Whitney.

Blason Round Table Avant de continuer dans l’étude des « bonnes œuvres » de la Round Table, il s’avère nécessaire de faire le point suivant. Ces grandes familles du mondialisme, même animées par une finalité commune, n’en sont pas moins déchirées par des dissensions internes. On peut en relever essentiellement deux. La première est aussi vieille que le monde ; elle s’appelle rivalités internes. Les rivalités d’ambitions et d’ambitieux cherchant plus de pouvoir, plus d’influence et plus de richesses afin d’occuper les meilleurs places ont émaillées l’histoire de cette aristocratie commerciale. Ce phénomène est aussi vieux que l’histoire humaine. En revanche, le deuxième point est propre à la Round Table. En effet, sous l’apparente unité de vue se cachent deux courants de pensée. Dans les deux cas, ces courants poursuivent le même but : l’Etat mondial. Cependant, dans un cas, un courant défend le principe de la constitution d’un bloc anglo-saxon unifié (Empire britannique associé aux Etats-Unis) ; ce socle anglo-américain représentant la colonne vertébrale permettant au reste du monde de s’y agréger. Dans le deuxième cas, l’autre courant estime qu’il n’est pas nécessaire de privilégier la naissance d’un Empire anglo-saxon comme point d’ancrage à un monde unifié. Il prône plutôt l’émergence d’un monde où aucun pays ne serait en mesure d’imposer sa loi ou sa philosophie politique. Il s’agit pour les tenants de la deuxième voie de créer une sorte de « purée » générale unifiant l’humanité entière en un seul bloc et sans distinction aucune. Nous avons là l’opposition entre les tenants du mondialisme anglo-saxon à celui des partisans du mondialisme planétarien.

La Première Guerre mondiale fut une bascule d’un monde à un autre. Même s’il n’est pas possible d’évoquer dans le détail le rôle essentiel des élites anglo-américaines durant ce conflit, nous pouvons relever la mission déterminante du suédois Olof Aschberg (1877-1960) à la tête de la banque Nya Banken de Stockholm. Il fut le grand financier servant d’intermédiaire entre les élites de Wall Street et de la City d’un côté et les dirigeants bolcheviques de l’autre. Son surnom était le « banquier de la Révolution mondiale ». Comme le rappelle Antony Sutton, la banque d’Olof Aschberg avait une filiale à Londres, la Bank of North Commerce, dont le président Earl Grey appartenait tout simplement à l’équipe de Cecil Rhodes et de Lord Milner. Ce dernier joua aussi un rôle capital au sein de l’oligarchie anglo-saxonne. En effet, outre son activité susmentionnée, c’est Lord Milner qui sut convaincre le Premier ministre Lloyd George de soutenir fermement la révolution bolchevique. Cette évolution capitale pour l’avenir du monde s’est faite suite à la visite à Londres, à la fin de l’année 1917, de William Boyce Thompson (1869-1930) accompagné d’un représentant de JP Morgan, Thomas W. Lamont (1870-1948). Membre du comité directeur de la Banque fédérale US (la Fed), W.B Thompson fut un agent au service de l’oligarchie au sein de la Croix-Rouge états-unienne présente à Petrograd en 1917. Cette couverture lui permit de fournir entre autres la somme énorme pour l’époque d’un million de dollars aux bolcheviques. Sur le chemin du retour vers New York, il fit une halte à Londres pour soumettre un mémorandum à Lloyd George appelant au soutien de la révolution bolchevique. Lord Milner, grand admirateur de Karl Marx, ne fit qu’appuyer William Boyce Thompson dans sa démarche afin de faire plier Lloyd George. La révolution bolchevique n’aurait pas pu voir le jour sans l’action déterminante de l’oligarchie commerciale anglo-américaine.

La fin de la Première Guerre mondiale s’ouvrit sous les auspices des puissances commerciales anglo-saxonnes victorieuses et d’une France humainement et financièrement exsangue. Le Traité de Versailles n’assura pas la sécurité de la France face à une Allemagne amoindrie et dépendante largement des prêts anglo-saxons accordés à son économie. La paralysie de la France face aux grands argentiers anglo-saxons s’aggrava lorsque ces derniers accordèrent des prêts via les plans Dawes (1924) et Young (1928) qui, tout en plaçant l’économie allemande sous la dépendance des banques londoniennes et new-yorkaises, furent déterminants dans le renforcement de la puissance industrielle germanique. En effet, de gigantesques combinats de l’acier et de la chimie, indispensables pour faire la guerre, virent le jour (IG Farben et Vereinigte Stahlwerke) au cours de la décennie 1920. La défaite française en 1940 trouve son origine en partie à l’action des financiers anglo-saxons en faveur du redressement économique et technique de l’Allemagne (en particulier l’acier, l’essence synthétique et le caoutchouc).

Colonel Edward Mandell House Parallèlement à cette politique, les élites anglo-américaines décidèrent de préparer dès les années 1918-1919 une mutation de la Round Table. En effet, pour des raisons de plus grande efficacité, il fut décidé de créer deux think tanks de part et d’autre des rives de l’Atlantique chargés d’être les moteurs de la politique étrangère des deux pays. Côté anglais, ce fut la création en 1919 sous l’égide de Lionel Curtis et collaborateur de Lord Milner du Royal Institute of International Affairs (RIIA, appelé aussi Chatham House). C’est ce même Lionel Curtis qui prônait un Commonwealth fédératif capable peu à peu d’intégrer différents pays du globe. Ces objectifs étaient défendus aux Etats-Unis par Clarence Streit (1896-1986), correspondant du New York Times auprès de la Société des Nations (bourse d’études Cecil Rhodes, promotion 1920) et le représentant états-unien du « groupe Milner », Frank Aydelotte. Côté américain, il fut créé le Council on Foreign Relations (CFR) en 1921 sous l’égide d’un personnage central, le colonel Edward Mandell House (1854-1938). Conseiller intime du président Wilson, ce personnage fut la plaque tournante entre le groupe Milner et les « grands » de Wall Street (JP Morgan, Vanderlip, Rockefeller, Warburg, …). Dans cette liste incomplète, nous pouvons relever le nom important de Paul Warburg qui fut à la tête de la réserve fédérale US (la Fed) dès sa création en 1913. Cette banque privée, indépendante du pouvoir central et responsable de l’émission monétaire, est un Etat dans l’Etat. Or, c’est le même Paul Warburg qui dirigea le CFR dès sa création. Nous avons affaire à un enchevêtrement de responsabilités de premier ordre au sein de l’oligarchie anglo-saxonne d’autant plus que nous serons obligé d’évoquer encore Paul Warburg dans le paragraphe suivant consacré à la Paneurope.

L’action du colonel House est à compléter en citant une œuvre maîtresse dans la mystique mondialiste, son livre intitulé Philip Dru, administrator. Ecrit en 1912, cet ouvrage évoque un coup d’Etat par un officier de West Point (Philip Dru) qui impose une dictature aux Etats-Unis tout en supprimant la constitution du pays. A l’instar de Lord Milner, le colonel House n’hésite pas à évoquer ses convictions profondes en affirmant que son héros met en place « un socialisme tel que l’aurait rêvé Karl Marx ». Il évoque même dans le chapitre 52 l’idéal d’unification de tout le bloc Nord-américain. C’est chose acquise depuis le lancement officiel du projet à Waco au Texas en mars 2005 comme nous le présentions au début de ce texte. Force est de constater que ces élites ont annoncé la couleur des événements il y a plus de cent ans. La toile mondialiste a su renforcer son influence grâce à la naissance d’un institut appelé à jouer un rôle de premier plan dans la construction européenne : la Paneurope.

La Paneuropéen, tremplin du mondialisme

La création de la Paneuropéen est due à l’action d’un aristocrate autrichien née d’une mère japonaise, Richard de Coudenhove-Kalergi (1894-1972). L’objectif déclaré de Coudenhove était d’empêcher les horreurs de la Première Guerre mondiale de se reproduire. Cette intention louable n’était que l’arbre qui cachait la forêt. En effet, très tôt, Coudenhove indiqua clairement la direction prise par son mouvement en élaborant un rapport à la SDN présenté en 1925. Son but était d’unifier l’Europe afin de l’intégrer dans le cadre d’une organisation politique mondiale unifiée. Pour cela, il évoquait dans son rapport la nécessité de créer des « continents politiques », l’ensemble devant constituer une fédération de fédérations dans la pensée de l’auteur. Ses affirmations fédéralistes rejoignent largement celles de la société fabienne. Continuant sur sa lancée, Coudenhove organise en 1926 le premier congrès paneuropéen à Vienne sous l’égide de son président d’honneur, le président du conseil Aristide Briand (1862-1932). C’est lors de ce congrès réunissant plusieurs nationalités qu’il fut décidé de choisir un hymne européen, l’Ode à la joie de Beethoven, qui est devenu par la suite l’hymne de l’Union européenne. Les objectifs de la Paneuropéen sont clairement affichés dans le cadre des « Principes fondamentaux » qui stipulent entre autres : « (…) L’union paneuropéenne se déclare attachée au patriotisme européen, couronnement des identités nationales de tous les Européens. A l’époque des interdépendances et des défis mondiaux, seule une Europe forte et politiquement unie peut garantir l’avenir de ses peuples et entités ethniques. L’union paneuropéenne reconnaît l’autodétermination des peuples et le droit des groupes ethniques au développement culturel, économique et politique (…) ».

R. de Coudenhove-Kalergi

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, R. de Coudenhove-Kalergi réfugié aux Etats-Unis put enseigner dans le cadre d’un séminaire Research for a postwar european federation (« recherche pour une fédération européenne d’après-guerre ») favorable au fédéralisme européen à la New York University. De retour en Europe en 1946, il contribua largement à la création de l’Union parlementaire européenne permettant par la suite la création, en 1949, du Conseil de l’Europe. Renforçant son influence sur tous les Etats, cette organisation européenne chapeaute des représentations nationales chargées de diffuser l’idéal de son fondateur qui, après avoir reçu en 1950 la plus haute distinction européiste le Prix Charlemagne, a passé le relais à Otto de Habsbourg en 1972 puis à Alain Terrenoire.

On peut mieux comprendre l’impact de la Paneuropéen en s’intéressant au nerf de la guerre : l’argent. Les sources de financement de cet institut expliquent les profondes connivences de son dirigeant avec les autres acteurs du mondialisme. En effet, outre des mécènes industriels et financiers, R. de Coudenhove-Kalergi bénéficia du soutien du banquier Max Warburg, représentant de la banque allemande à Hambourg. Comme nous l’avons vu ci-dessus, son frère Paul (la branche états-unienne) était à la tête de la Fed et du CFR. On comprend tout de suite que R. de Coudenhove-Kalergi eut carte blanche pour coopérer avec les milieux financiers de Wall Street et leurs homologues londoniens. Cette connivence entre le fondateur de la Paneuropéen et les autres milieux mondialistes était d’autant plus grande que Max Warburg était membre du comité directeur d’IG Farben Allemagne tandis que son frère, Paul Warburg, était membre de la branche US d’IG Farben.

L’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, comme l’explique Antony Sutton, s’explique par les nombreux soutiens des industriels et financiers anglo-saxons via leurs homologues allemands. Dans cette affaire, le directeur de la Reichsbank, Hjalmar Schacht (1877-1970), fut un intermédiaire de première main. Son action fut d’autant plus profonde qu’il fut le ministre de l’Economie du IIIè Reich de 1934 à 1939. Le relèvement économique de l’Allemagne dû à son action permit à Hitler de poursuivre une politique qu’il n’aurait jamais pu exercer sans la remise à niveau du pays. De tels méfaits auraient dû le conduire à la peine de mort lors du procès de Nuremberg. Il n’en fut rien puisqu’il fut acquitté. En fait, Hjalmar Schacht était lié fortement à l’aristocratie commerciale anglo-saxonne. Son père, l’Etats-unien William Schacht, avait travaillé 30 ans au sein de la filiale d’Equitable Life Assurance de Berlin. Son fils était donc dès sa naissance dans le sérail du système mondialiste. Ceci est encore plus renforcé lorsqu’on sait que Hjalmar Schacht était depuis 1918 au comité directeur de la Nationalbank für Deutschland (« Banque nationale d’Allemagne »), au côté du banquier Emil Wittenberg qui était en même temps membre du comité directeur de la première banque soviétique créée en 1922, la Ruskombank [75]. Celle-ci était dirigée par le banquier suédois … Olof Aschberg précédemment vu. Pour continuer dans le tournis, nous pouvons préciser que le directeur de la section étrangère Ruskombank, l’Etats-unien Max May, était le vice-président de Guaranty Trust Company, une filiale d’un des piliers de Wall Street, JP Morgan. Dans cette affaire, un haut représentant américain de Wall Street travaillait donc au sein de l’élite bancaire soviétique. Pour compléter le tout, la collaboration d’Hjalmar Schacht avec ce milieu était renforcée par ses liens d’amitié avec le patron de la banque d’Angleterre Norman Montagu. On comprend mieux qu’Hjalmar Schacht n’ait pas été vraiment inquiété au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le soutien apporté par cette aristocratie commerciale et apatride anglo-saxonne au communisme, au nazisme ainsi qu’à la prise du pouvoir par Franklin Delano Roosevelt, relaté dans la trilogie Wall Street d’Antony Sutton, était aussi des formes d’expériences de laboratoires agissant dans un cadre local (Union soviétique, Allemagne nazie et Etats-Unis). Sous une appellation différente, Antony Sutton en conclut que ces idéologies, appelées diversement « socialisme soviétique », « socialisme collectif » (pour le national-socialisme) et « socialisme de la nouvelle donne » (New Deal), n’étaient que des mises en forme d’un socialisme monopolistique ; idéal d’organisation qui doit désormais voir le jour à l’échelle planétaire dans le cadre du « nouvel ordre mondial ». La guerre de 1939-1945 résultant de tout ce travail d’arrière-fond permit le basculement vers un autre monde ; l’instauration de deux blocs apparemment antagonistes obéissant parfaitement au principe hégélien de la thèse et de l’antithèse. Cependant, ces deux mondes étant irrigués par les mêmes sources financières, il était possible de poser les jalons devant permettre la réalisation de l’Etat mondial.

L’après 1945, des lendemains qui chantent

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, nous pouvons relever trois dates essentielles dans l’immédiate après-guerre : 1946 ; 1947 et 1948. C’est le Premier ministre britannique, Winston Churchill qui a relancé l’idée d’unification de l’Europe dans un discours prononcé à Zürich, le 19 septembre 1946. En effet, il n’hésita pas à affirmer : « Il nous faut édifier une sorte d’Etats-Unis d’Europe ». Ces propos ravirent Richard de Coudenhove-Kalergi qui était soutenu par Churchill. Le fondateur de la Paneuropéen s’activant de son côté à la relance de l’idéal européen exposa l’histoire de son oeuvre et des projets à accomplir dans un ouvrage intitulé J’ai choisi l’Europe. Dans ce livre, Coudenhove bénéficia de la préface de … Winston Churchill.

Winston Churchill

La deuxième étape avec la réunion à Montreux en Suisse, en août 1947, constitue un passage décisif vers le renforcement des fondations de l’Etat mondial en préparation. En effet, divers représentants européens et états-uniens acquis aux principes d’un fédéralisme mondial se sont accordés pour créer deux instituts, sous l’égide du juriste suisse Max Habicht, dont l’efficacité se fait largement sentir : le « Mouvement fédéraliste mondial » (World federalist movement, WFM) et l’ « Union des fédéralistes européens » (Union of European Federalists, UEF).

Le WFM a présenté sa magna carta, lors de la réunion de Montreux, favorable à l’établissement de principes clefs afin d’instaurer un Etat mondial à base fédérative. Force est de constater que 63 ans après leurs formulations, leurs vœux sont largement exaucés. Il est, en effet, affirmé que « Nous, fédéralistes mondiaux, sommes convaincus que la création de la confédération mondiale est le problème capital de notre temps. Tant qu’il n’aura pas été résolu, toutes les autres questions nationales ou internationales resteront sans réponses valables. Ce n’est pas entre la libre entreprise et l’économie dirigée, le capitalisme et le communisme qu’il s’agit de choisir, c’est entre le fédéralisme et l’impérialisme ». Dans la foulée, cette Déclaration propose entre autres les principes suivants : « limitation des souverainetés nationales » avec « transfert à la Confédération des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire », « création d’une force armée supra-nationale » ; en précisant en particulier ce fait d’une très grande actualité en ce début de XXIè siècle qu’ « une juste perspective fédéraliste doit intégrer les efforts faits sur les plans régional et fonctionnel. La formation d’unions régionales (ndlr : souligné par nous) dans la mesure où elles ne constituent pas une fin en soi et ne risquent pas de se cristalliser en blocs — peut et doit contribuer au bon fonctionnement de la Confédération mondiale ». A la fin de cette Déclaration, il est précisé de favoriser la création d’une « Assemblée constituante mondiale ».

 

Parallèlement à la création du WFM, l’Union des fédéralistes européens (UEF) vit le jour à Montreux. Cependant, des travaux d’avant-garde avaient déjà préparé le terrain. En effet, sous l’influence de la Paneuropéen de R. de Coudenhove-Kalergi, il fut fondé en 1934 Europa Union défendant l’idéal d’une Europe unifiée selon le principe fédéral et inspiré du modèle suisse. Quatre ans plus tard, en novembre 1938, fut créée sous l’influence des fabiens Lord Lothian et Lionel Curtis, Federal Union [88]. Cette dernière est une branche de l’UEF au même titre que le sont les différentes « filiales » française (l’UEF France), allemande (Europa Union Deutschland), italienne (UEF Italie) etc. Précisons que, pareil au principe des poupées russes, l’UEF est une branche du World Federalist Movement (WFM). Par conséquent, nous avons là un institut européen œuvrant en faveur du fédéralisme et qui épouse en même temps les travaux du WFM mais à l’échelle planétaire. Pourquoi est-il si important Andrew Duffd’évoquer la mission de l’UEF ? Cet institut fédéraliste est dirigé par l’Anglais Andrew Duff, député au Parlement européen sous l’étiquette des « démocrates libéraux ». Il est membre aussi du European Council on Foreign Relations (l’ECFR, « Conseil européen des relations étrangères ») créé en 2007, jumeau européen du CFR états-unien fondé en 1921.  Andrew Duff est aussi celui qui, en collaboration étroite avec la Fondation Bertelsmann et le député autrichien Johannes Voggenhuber, a permis la relance du projet de constitution européenne après l’échec des référendums français et hollandais en 2005. Le Traité de Lisbonne n’aurait pas pu voir le jour du moins plus difficilement sans l’appui et les convictions d’Andrew Duff. Par ailleurs, force est de constater que l’influence outre-tombe d’un Cecil Rhodes et d’un Lord Milner s’est faite sentir lors de l’élaboration de la constitution européenne (dite « Constitution Giscard » prélude au Traité de Lisbonne) en 2003-2004. En effet, le « groupe Milner » et les fabiens ont toujours été favorables à l’unification de l’Europe à condition que cela se fasse sous direction anglo-saxonne. Au cours des deux guerres mondiales, les tentatives d’unité européenne sous direction allemande, puissance terrestre, ne pouvaient pas être acceptées par Londres et par Washington car la thalassocratie anglo-saxonne se retrouvait exclue des affaires du vieux continent. Richard de Coudenhove-Kalergi l’avait parfaitement compris à la lecture de son discours en 1950. Par conséquent, il est utile de s’intéresser au secrétaire général chargé de téléguider les travaux de la « Constitution Giscard », l’Anglais John Kerr. Son Curriculum vitae révèle qu’il est à la tête d’une compagnie pétrolière, la Royal Dutch Shell, et qu’il a été aussi ambassadeur de Grande-Bretagne aux Etats-Unis. Ses liens avec l’aristocratie commerciale anglo-saxonne révèlent aussi qu’il est membre du comité directeur chargé du recrutement des élites dans le cadre des « bourses d’études Cecil Rhodes ». Comme on peut le constater, la réussite de l’entreprise mondialiste est une affaire de temps ; mais ils y arrivent

Enfin, le Congrès de la Haye (7-10 mai 1948) sous la présidence d’honneur de Winston Churchill et réunissant près de 800 militants pro-européens a posé les premiers fondements d’une Europe unifiée. La figure de proue de ce Congrès fut le secrétaire général Joseph Retinger (1888-1960). Les vrais acteurs de l’histoire sont souvent dans les coulisses. C’est le cas de Retinger travaillant au service du CFR et du RIIA dont l’action fut déterminante dans le développement des structures mondialistes.

Bilderberg, New age et Trilaterale

La première réunion du Bilderberg eut lieu au Pays-Bas à Oosterbeck en mai 1954. Il est convenu que l’appellation de ce groupe élitiste résulte du nom de l’hôtel où résidaient les intervenants. Cependant, certains doutes persistent. Il n’empêche que sa création est due largement à l’action de Joseph Retinger même s’il faut y ajouter des « huiles » du mondialisme comme l’incontournable David Rockefeller (président du CFR, de la Chase Manhattan Bank, …). Les bilderbergers représentent la « crème de la crème » du sérail politique, économique et financier du monde atlantiste. Les médias occidentaux n’évoquent que très rarement leurs réunions et diffusent encore moins des reportages. Les règles d’organisation et d’intervention des participants se calquent directement sur celles régissant le Royal Institute of International Affairs (RIIA, principe appelé « règle de Chatham House »). Là aussi, la famille Rhodes et Milner a laissé des traces. En fait, ces élites au sein du Bilderberg conditionnent largement la marche des affaires politiques, économiques et financières. Le cas du Belge Etienne Davignon est particulièrement frappant. Vice-président de la Commission européenne de 1981 à 1985, il est le grand pacha de ce groupe élitiste. Or c’est lui qui a invité l’homme politique belge Herman van Rompuy a passé un oral pour le poste de président du Conseil européen à pourvoir devant les représentants du Bilderberg, le 12 novembre 2009, en particulier devant l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, à Val Duchesse dans la banlieue de Bruxelles. En gros, il fallait savoir si Herman van Rompuy était capable d’être utile au système. L’oral a dû se passer correctement puisqu’il fut retenu … bon pour le service.

Prince Bernhard van Lippe-Biesterfeld

Le choix du premier président du Bilderberg, le prince Bernhard (1911-2004), par Joseph Retinger et ses affiliés ne relève pas du hasard. En effet, ce prince allemand était au début des années 1930 membre de la SS, plus précisément, membre de la Reiterkorp SS (cavalerie) ainsi que membre du Farben Bilder, une filiale d’I.G Farben. Marié en 1937 à l’héritière du trône des Pays-Bas, la princesse Juliana, sa fille la reine Béatrix est une active participante des réunions du Bilderberg. Le passé plus que trouble du prince Bernhard et sa nomination à la direction du Bilderberg étaient aussi une manière de le tenir. En effet, il est plus facile de téléguider une personne vers des buts bien définis à partir du moment où il traîne des « casseroles ». Le choix de ce prince allemand naturalisé hollandais était sûrement d’une grande importance car il fut utilisé dans un autre secteur. Nous devons aborder un sujet tenant à cœur les théoriciens du mondialisme : l’écologie.

La protection légitime de la faune et de la flore prend un tour déréglé sous l’action des partisans du nouvel ordre mondial. En effet, la dérive des esprits conduit à une divinisation de la nature propre au mouvement new age. C’est le principe de « gaïa » identifié à la « terre-mère ». De nombreux instituts propagent ce tour d’esprit philosophique en particulier le WWF (Worlld Wild Fund for nature), institut promouvant la protection de la nature. Sa création en 1961 est due au travail de personnages membres du sérail mondialiste.

En effet, nous devons évoquer les frères Aldous et Julian Huxley. Aldous Huxley est l’auteur d’un livre prophétique, Le Meilleur des mondes, paru en 1931 et qui est un véritable programme politique mondialiste sous une apparence de roman fiction. Evoquant un Etat mondial composé d’une humanité soumise et hiérarchisée suite à des manipulations génétiques, son auteur passa sa vie à faire usage des drogues les plus diverses afin d’atteindre une « forme de mysticisme ». Ces délires caractérisant ce milieu touchèrent aussi son frère, Julian Huxley, partisan de l’eugénisme et qui devint le premier président de l’UNESCO (éducation, science et culture) en 1946. Cette tournure d’esprit propre aux frères Huxley est due à l’influence du grand-père paternel, Thomas Huxley (1825-1895). Ce biologiste farouche défenseur des principes darwiniens transmit ces concepts à ses petits-fils qui surent en faire profiter le monde entier. Ajoutons que le réseau et les liens unissant la famille mondialiste sont vraiment étroits puisqu’un des étudiants de Thomas Huxley s’appelait … H.G Wells.

Ce passage de relais de génération en génération permet de mieux comprendre cette permanence du mondialisme ainsi que sa montée en puissance. Nous pouvons désormais relier l’action passée de ces hommes à la fondation du WWF en 1961. En effet, sa création est due à Julian Huxley. Le WWF contribue à répandre cet idéal panthéiste et constitue une des branches d’action du mondialisme. Est-ce un hasard d’apprendre que le premier président du WWF fut le dirigeant du Bilderberg, le prince Bernhard (président de 1962 à 1976). D’autres présidents David Rockefeller, Sr.se sont succédés à la tête du WWF comme John Loudon qui fut comme John Kerr président de la compagnie pétrolière, la Royal Dutch Shell. Ce conglomérat pétrolier anglo-hollandais est une des pépinières du nouvel ordre mondial. Précisons aussi que le Prince Philippe, époux de la reine d’Angleterre Elisabeth II, dirigea le WWF de 1981 à 1996.

Nous pouvons ajouter à cette liste d’acteurs issue d’une longue tradition politico-commerciale, le rôle de la Trilatériale. Créée en 1973 par David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski (membres du CFR), ce dernier est le mentor du président Obama. Cet institut regroupe trois zones géographiques économiquement développées : l’Amérique du Nord, l’Europe et le Japon. Rappelant l’appui de Français comme Simone Veil, Robert Marjolin, Raymond Barre ou encore Hubert Védrine, Brzezinski ajoute que les Etats sont « face à des problèmes de plus en plus partagés — financiers, économiques et stratégiques — et qu’ils sont de moins en moins en mesure de régler, sans au moins se concerter plus étroitement, dans leur propre intérêt et dans celui du reste du monde ». Afin d’affronter ces défis, l’auteur précise même que la Trilatérale a été à l’origine de la création du G7. Les accointances de la Trilatérale avec le monde industriel et le monde des think tanks sont avérés en particulier avec le réseau politique transatlantique (le TPN). En effet, le président de la branche européenne de la Trilatérale, Peter Sutherland, est aussi le président de la branche européenne du TPN. Cet Irlandais fut aussi le patron de Goldman Sachs qui régit en sous-main la politique économique du président Obama et, entre autres, commissaire à la concurrence de 1985 à 1989 sous la présidence de Jacques Delors. Petite cerise sur le gâteau, Peter Sutherland est aussi le directeur de l’école fabienne la London School of Economics. Le tour du propriétaire sera complet en ajoutant que John Kerr — que nous avons vu ci-dessus est aussi membre de la Trilatérale Europe.

Comme nous pouvons le constater, les élites politiques et économiques convergent depuis longtemps vers l’édification d’un ordre mondial unifié. Cependant, le tour ne serait pas complet si on n’évoquait pas les déclarations des autorités de l’Eglise catholique.

Une Eglise catholique au service du nouvel ordre mondial

Que l’on soit croyant ou pas, l’étude des principes animant une Eglise doit se faire avec objectivité. Il faut étudier les préceptes qu’elle défend et observer si les propos et les actions qu’elle mène sont en conformité ou pas avec son corps de doctrine. Dans le cas de l’Eglise catholique, le concept défendu depuis 2000 ans s’appuie sur la primauté de Dieu sur l’homme. Les Ecritures et la Tradition constituent le socle intouchable, le dépôt de la foi selon les termes consacrés, définies par le successeur de saint Pierre, le pape. L’homme marqué du péché originel doit se conformer à une autorité supérieure et obéir à l’ensemble des préceptes défendus par l’Eglise catholique. Ces principes sont immuables. Quand on n’est pas d’accord avec ces principes, on quitte l’Eglise catholique. C’est le cas des multiples Eglises protestantes. Cependant, un changement fondamental s’est produit avec le concile Vatican II (1962-1965). Ce concile est le résultat d’un long courant de réflexions animant de nombreux hommes d’Eglise mais aussi hors de l’Eglise dès le XIXè siècle. Après un long combat entre les défenseurs de la Tradition et les progressistes ; ces derniers ont pu imposer leur vision lors de la grande réforme de Vatican II. Pour ces partisans, il s’agit d’adapter l’Eglise aux multiples innovations politiques, techniques et sociales marquant l’évolution du monde. Le concile Vatican IIPour les défenseurs de la Tradition, c’est tout l’inverse. C’est au monde de s’adapter aux principes de l’Eglise. Cette humanisation de l’Eglise passant par la promotion des droits de l’homme et sa collaboration avec les instances internationales ont été clairement affichées en 1963 dans l’encyclique du pape Jean XXIII, Pacem in terris. Rappelant les progrès de la science et des techniques conduisant à « intensifier leur collaboration et à renforcer leur union » au sein du genre humain ; il s’agit de renforcer le « bien commun universel » que les Etats ne peuvent plus assurer selon l’encyclique. C’est pourquoi, le document ajoute en toute logique que « De nos jours, le bien commun universel pose des problèmes de dimensions mondiales. Ils ne peuvent être résolus que par une autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les moyens d’action prennent eux aussi des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur toute l’étendue de la terre. C’est donc l’ordre moral lui-même qui exige la constitution d’une autorité publique de compétence universelle ».

Souhaitant que ce « pouvoir supranational ou mondial » ne soit pas instauré de force, l’encyclique approuve la Déclaration des droits de l’homme de 1948 en dehors de quelques objections. Elle ajoute que « Nous considérons cette Déclaration comme un pas vers l’établissement d’une organisation juridico-politique de la communauté mondiale ».

Ce changement de direction de l’Eglise catholique est la marque de fabrique de tous les papes depuis Vatican II. Lors de son message de Noël en 2005, Benoît XVI a encouragé les hommes à s’engager « dans l’édification d’un nouvel ordre mondial ».

Il est donc tout à fait logique que Benoît XVI ait appelé à l’instauration d’une « autorité politique mondiale » dans son encyclique Veritas in caritate en juillet 2009. Rappelant l’interdépendance mondiale, le pape appelle à « l’urgence de la réforme de l’Organisation des Nations Unies comme celle de l’architecture économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des nations (…) ».

Vers une assemblée parlementaire mondiale

La création de grandes unions politiques régionales régies par des lois communes constituant les différentes composantes de l’Etat mondial se doit d’être représentée au sein d’une assemblée unique. C’est tout l’enjeu de « l’Assemblée parlementaire des Nations Unies » (l’APNU). Cette ambition est la suite logique des rêves d’unification du monde défendue par les théoriciens du mondialisme (fabiens et consort). Rien ne surgit au hasard. Les événements, les personnages et les instituts du passé produisent leurs fruits conduisant à parachever l’édifice babélien. Par conséquent, l’action du WFM (World Federalist Movement), dont nous avons vu la création en 1947 à Montreux, poursuit tout logiquement le travail qui est le sien. Ainsi, le WFM est à l’origine, en 1992, de l’élaboration du premier grand document appelant à l’établissement d’une Assemblée parlementaire mondiale au sein des Nations Unies : The case for a United Nations Parliamentary Assembly (« L’objet d’une Assemblée parlementaire des Nations Unies ») du Canadien Dieter Heinrich. De nombreux travaux et conciliabules se sont déroulés par la suite au sein du sénat canadien, du parlement européen, lors du Forum du Millénaire en 2000 à New York, du 12è congrès de l’Internationale socialiste etc, pour enfin aboutir à la création en septembre 2003 au « Comité pour une ONU démocratique ». Nous sommes obligé de donner la version en allemand car, comme nous allons le voir, les autorités politiques allemandes jouent un rôle de premier plan : Komitee für eine Demokratische UNO (KDUN).

World Federalist Movement

Le KDUN est la figure de proue au sein d’un comité exécutif oeuvrant en faveur d’un Parlement mondial. En effet, ses travaux sont secondés par un autre institut déjà mentionné, le WFM. A cela, il faut ajouter « la Société des peuples menacés » (Gesellschaft für bedrohte Völcker), institut allemand oeuvrant en faveur de l’émancipation des groupes ethniques et qui travaille main dans la main avec l’UFCE (l’Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes) et une ONG anglaise, le 2020 Vision Ltd.

Le KDUN dont le siège est à Berlin annonce la couleur en précisant dans ses statuts sa volonté de construire une société cosmopolitique et favorisant les intégrations continentales. Au sein du comité directeur, on trouve des représentants issus des mondes politiques et scientifiques. Il est intéressant de souligner que tous les courants politiques allemands sont présents à l’exception des ex-communistes (die Linke). Au sein de ce comité, nous trouvons un personnage clef, Armin Laschet. Cet homme politique est à l’origine du rapport élaboré en 2003 appelant à donner un siège permanent à l’Union européenne après l’adoption du « Traité Giscard » (désormais appelé « Traité de Lisbonne »). Son influence est décisive car on le trouve aussi à la tête du comité directeur du Prix Charlemagne. Par ailleurs, la présence du député allemand au Parlement européen Jo Leinen à la direction du KDUN est particulièrement significative car il joua un rôle déterminant dans l’adoption du Traité de Lisbonne.

C’est en avril 2007 que le KDUN lança sa campagne en faveur d’un Parlement mondial sous la direction de son président, Andréas Bummel. Auteur d’un livre intitulé Internationale Demokratie Entwickeln (« Développer la démocratie internationale »), c’est un ancien adhérent du parti libéral, le FDP, dont le président Guido Westerwelle est devenu ministre des Affaires étrangères du gouvernement Merkel depuis septembre 2009. C’est aussi un collaborateur de la « Société des peuples menacés » dirigés par Tilman Zülch (membre du comité directeur du KDUN) et de la World Federalist Movement (WFM) de New-York.

KDUN

Tous ces intervenants agissent afin de favoriser la naissance de ce nouvel organe mondial. Comme il est précisé dans les textes officiels : « (…) L’APNU pourrait dans un premier temps être constituée de délégués de parlements nationaux et régionaux reflétant leur composition politique. Une APNU inclurait donc des membres de partis minoritaires qui ne font pas partie du gouvernement. A un stade ultérieur, l’APNU pourrait être directement élue. Une APNU serait ainsi un organe unique et légitime représentant la voix des citoyens sur des questions d’ordre international. Les participants à la campagne considèrent qu’une APNU, une fois créée, évoluerait d’un simple organe consultatif à un parlement mondial avec de véritables droits à l’information, la participation et de contrôle »(…).

Ces ambitions affichées sans complexes par l’APNU s’épanouissent encore plus lorsque l’on se rappelle le soutien apporté par Benoît XVI à l’instauration d’une « autorité politique mondiale ». Il va de soi que les dirigeants de l’APNU ont salué avec enthousiasme l’encyclique de ce pape...

Conclusion

Cette rapide description de l’histoire des tenants du mondialisme remontant du Moyen-Âge jusqu’au début du XXIè siècle souligne que cette tendance est très ancienne. Elle repose sur une cupidité sans limites et la poursuite d’un idéal de contrôle complet des richesses planétaires. Cette évolution n’a fait que prendre de la vitesse au fur et à mesure que le « clergé » mondialiste, successeur de Nimrod, réussissait à imposer son mode de pensée en faveur du nouvel ordre mondial. Depuis la chute du mur de Berlin, les événements s’accélèrent ; la crise aussi. La décennie 2010 sera décisive pour le genre humain car le mondialisme, selon la doctrine de ces élites, est un messianisme pressé.

Pierre Hillard  Docteur en science politique et professeur de relations internationales. Ses recherches portent principalement sur l’instrumentation de l’Union européenne en vue de la constitution d’un bloc euro-atlantique

 

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